INTERMEDIARITE ET ESPACES INTERMEDIAIRES
Quelques éléments de problématique de (pour) l'espace médian
Intervention au II Colloque de Géographie de Sfax,
2 - 4 mars 1998
“ Il n’est rien qui ne résulte de passages et d’obstacles ”
F Dagognet, Une épistémologie de l’espace concret. Paris, Vrin, 1977.
Notre propos ici est de poser quelques jalons épistémologiques et de réflexions relatifs à l'espace médian sans prétendre l'exhaustivité et on se limitera à certains paradigmes de base qui nous permettent de mieux approcher l’espace médian/intermédiaire et la notion d’intermédiairité.
1 - Une interposition : Une position
L'espace médian est une notion qui renvoie à la position, à la situation spatiale et à la notion d'interposition. C'est cet espace qui se trouve entre deux espaces extrêmes, deux pôles souvent différents, voire antinomiques . C'est un espace situé entre-deux espaces, un espace inter-posé. Pour définir cet espace médian, il faudrait définir ces deux espaces extrêmes, ces espaces limites.
C'est le cas du littoral et de l'intérieur, où s'arrête donc le littoral et où commence l'intérieur?. On définit aisément l'espace médian lorsqu'on arrive à délimiter ces deux espaces-références, c'est le cas de la limite entre la montagne et la plaine, où s'arrête l'une ou l'autre, c'est le cas aussi de l'espace urbain et de l'espace rural dont la délimitation définirait la médianneté; il en est de même pour tous les types d'espaces médians et intermédiaires....
La notion d'espace médian pose le problème de limite dont la définition passe par celle des espaces référentiels, supposés fixes, clairs et bien délimités: les espaces-limites. Un espace intermédiaire ou médian est un espace ouvert, non délimité, ses limites ne sont pas fixes, ni fermées contrairement à l’espace-référence qui dispose au moins d’une limite: la mer pour le littoral, le sommet pour la montagne, le centre pour l’espace urbain...
Définir l'espace médian revient, en définitive, à définir l'espace considéré comme espace-référence, dans la mesure où les limites externes de l'espace-référence sur-déterminent les limites internes de l'espace intermédiaire. Ainsi, lorsqu'on prend l'espace national dans ses frontières politiques, l'espace littoral devient un espace référence dont le pendant de l'autre côté est l'espace frontalier ou littoral , lorsqu'on prend l'espace topo-géographique, la montagne devient frontière au même titre que la plaine de base ou littorale, la bassin intramontagnard ou la vallée. Lorsqu'on définit les deux espaces référentiels de base, l'espace intermédiaire est automatiquement indiqué sans que ses limites soient clairement définies. C'est le cas de l'espace intermédiaire entre la ville et la campagne.
2 - Un espace transitionnel : Un passage
Admettre la présence d'espace médian suppose que la (les) limite(s) n'est (ne sont) jamais une simple ligne franche et claire, mais une zone qui s'étend en superficie, un espace-limite qui assure le passage à la limite, la transition d'un espace à un autre, l'intermédiation entre deux aires différentes, deux structures, deux formes différentes. L'espace médian est un espace transitionnel permettant le passage graduel entre deux espaces.
3 - L'intermédiairité : Médiation et intermédiation
L'espace médian renvoie à la notion d'intermédiairité. C'est un espace intermédiaire qui se situe entre (inter) deux espaces forcément différents. L'espace médian assure la médiation et l'intermédiation entre deux espaces.
C'est un espace relais assurant le passage entre deux situations différentes, voire opposées comme la littoralité et la continentalité, le Nord et le Sud, la hauteur et la platitude, le centre et la périphérie, l'espace public et l'espace privé...
A moins qu'il y ait une limite physique absolue, tout espace peut être considéré comme un espace intermédiaire. Même dans ce cas limite, qui n'est qu'imaginaire en réalité, l'espace extrême serait lui même un espace intermédiaire entre l'environnement extérieur et le monde intérieur ?.
Etudier l'espace médian ou intermédiaire revient ainsi à analyser l'espace en termes de médiation et d'intermédiation dans le sens horizontal du terme impliquant les relations spatiales dans la mesure où l'espace peut être considéré comme instrument de médiation dans le sens vertical, c'est à dire entre l'homme et l'espace.
4 - Un espace transformationnel : La dynamique
L'espace médian est par définition, l'espace situé au milieu, à travers lequel et au delà duquel chaque espace se transforme en un espace différent, en son contraire, en son antipode. C'est un espace transformationnel, un espace de transformation d'une structure à une autre, un espace de métamorphose spatiale, un véritable espace de mutation.
Etudier l'espace médian ou intermédiaire revient à l'analyser en termes de dynamiques transformationnelle. Etudier un espace médian ou intermédiaire, c'est le considérer comme un espace de dynamique transformationnelle au sens horizontal du terme, soit en termes de relations spatiales.
5 - Une interface : Echanges et communication
. Même les espaces-limites et les espaces-frontières constituent en quelque sorte un espace médian, un espace intermédiaire entre l'extérieur et l'intérieur, l'avant-pays et l'arrière-pays. Ils assurent en fait, la jonction et l'interface entre l'intérieur d'un système et son environnement ?.
C'est un espace-interface qui assure à la fois la jonction, la limite et la communication. Entre le foreland et l'hinterland on trouve l'umland ?. Pris ainsi, tout espace peut être considéré comme un espace-médian dans la mesure où il répond à ces trois conditions.
Dans ce cadre, le littoral est lui même un espace médian, un espace
intermédiaire, un espace de médiation, un espace d'échange et de communication,
un lieu de passage, un espace de contact et de rupture à la fois.
6 - Un espace de rupture : Un espace frangeant
L'espace médian est un espace de rupture qui correspond à l'extinction d'une dynamique, à l'affaiblissement d'un processus ou à la fin d'un effet quelconque. C'est le cas de la littoralité, de la continentalité ou de l'urbanité...
On utilise dans ces cas le préfixe "sub" pour désigner cette rupture
processussionnelle, formelle ou fonctionnelle. On parle ainsi de subaride,
sublittoral, suburbain, subcontinental, subhumide... On utilise aussi le terme
de “ semi ” (semi-urbain...) ou de “ péri ” (périphérie,
périurbain...). Cette rupture confère à l'espace une position de frange
et de périphérie par rapport à un espace considéré comme référence comme la
ville ou le littoral...
7 - Un espace d'interférence : Diversité et complexité
L'espace médian est un espace d'interférences. Une interférence de formes, de processus, de mécanismes et de dynamismes différents. L'interférence n'est pas prise ici dans le sens de juxtaposition ou de mosaïque, elle est plus que cela, plus que une simple coexistence de formes atypiques. Elle est surtout un dépassement de deux espaces-références à travers l'éclosion, la naissance et le développement de nouvelles formes, de nouveaux processus et mécanismes.
C'est un espace de vie et de mort, un espace d'éclosion et de disparition, un espace d'apparition et d'extinction. L'espace médian est le lieu de naissance de nouveaux processus, de nouvelles formes qui vont se déployer ailleurs dans l'un ou l'autre des espaces de base. Il est en même temps, un espace où certaines formes, dynamiques, certains mécanismes et processus finissent par s'estomper et s'éteindre définitivement.
Entre la vie et la mort, la naissance et l'extinction, l'apparition et la
disparition, il n'y a pas une simple cohabitation. Il y a plus qu'une
combinaison, il y a toute une genèse, une métamorphose et un dépassement...
8 - Espace de métamorphose : Quelle signification ?
L'espace médian, est aussi un espace de métamorphose, où certains processus changent de dynamismes, de sens, de formes et de résultats. Les mêmes processus peuvent donner lieu à des effets différents voire contradictoires comme l'inversion des phénomènes conduisant parfois à des formes "hybrides".
Le terme "hybride" exprime bien la coexistence de deux (ou plusieurs) formes typiques dont on ne comprend ni l'agencement, ni la logique des combinaisons. On trouve cela dans les formes de l'habitat, les comportements, les mentalités, les formes spatiales, les stratégies, les statuts et les rôles...
Il y a même un changement de signification et de fonction des formes typiques. Le signifiant et le signifié ne concordent plus comme dans les espaces-références. On a souvent l'impression que le signifié change plus que le signifiant qui reste parfois inchangé?. L'espace médian est cet espace où le signifié l'emporte plus que le signifiant, c'est un espace de métamorphose où le socio-culturel l'emporte.
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9 - La dissymétrie : Le sens directionnel et le gradient |
L'espace médian implique par ailleurs la dissymétrie spatiale dans la mesure où l'espace a toujours un sens. Il n'y a de médianneté et d’intermédiairité que lorsqu'il y a une gradation progressive d'un ou de plusieurs éléments dans une direction donnée de l'espace.
L'espace médian ou intermédiaire est inséparable de la notion de gradient.
Il n'y aurait pas d'espace intermédiaire lorsqu'on a un espace isotrope et
homogène, c'est le gradient de l'urbanité, de l'altitude, de la ruralité, de la
littoralité, de la continentalité, de la centralité ou de la marginalité...
10 - La distance: Proximité et éloignement
La notion de médian exprime par ailleurs, une notion de distance, celle de l'éloignement et de la proximité à la fois. Lorsqu'on avance dans un espace médian on s'éloigne toujours d'un pôle et on s'en rapproche d'un autre. On est, à la fois, proche tout en s’éloignant de l’espace-référence.
C'est là où le champs d'action des deux pôles faiblit et interfère avec l'autre au point de l'annihiler et le neutraliser tout en se combinant à lui et sans que l'un ou l'autre soit dominant : c'est là qu'on obtient les formes combinées, hybrides ou d'interférence selon la paradigme que l'on adopte.
11 - De l’intermédiairité à l'individualité : La distanciation
L'espace intermédiaire est un espace de l'entre-deux, entre deux états, deux échelles, deux formes, deux niveaux... Espace de l'entre-deux, l'espace médian est par excellence un espace de relation et de rapports organiques entre les espaces-limites. Il assure une fonction spécifique, la une fonction d'intermédiaire qui finit par conférer à l'espace médian une individualité propre.

Cette individualité provient de l'interférence de processus opposés et de la dualité omniprésente au niveau des formes, des fonctions, des symboles et des processus.
Cette position particulière fait que l'espace médian n'est pas régi par les mêmes mécanismes qui régissent les espaces référentiels, la présence des processus différents conjointement donne lieu souvent à de nouveaux processus qui sont loin d'être la somme des deux ?.
12 - Un espace conflictuel : Le redéploiement des stratégies
Espace de relation, l'espace médian ou intermédiaire n'échappe pas à sa fonction d'espace de conflit où coexiste un double front mouvant qui se rétrécit ou s'étend selon la dynamique des fronts et les forces en présence. Il représente un espace à (re)conquérir, à maîtriser et à organiser...
L'espace médian est un espace frontalier fait de fronts en continuel conflit dont la dynamique est à l'origine de toute l'organisation spatiale. Cette notion de conflit continuel est à relier à celle de rupture qu'on a vu ci-dessus qu'il faut interpréter en termes d'avancée, de front, de recul, de conquête et de reconquête...
13 - Un espace de contact : La diversité, le passage et la richesse
L'espace médian est un espace de contact. Comme tout espace de contact, il constitue un espace d'échange, un espace fécond, de fécondation et de fécondité, un espace de création et de créativité aussi bien naturelle, que sociale, économique et culturelle dans la mesure où cet espace réunit une richesse, une diversité et une complexité telles qui permettent le passage à un niveau supérieur et un saut qualitatif, c'est le cas de tous les espaces et les positions de contact, de carrefour, de confluence permettant le passage d'une zone à une autre, la médiation entre espaces différents (au niveau géologique, topographique, économique, social, humain...) et la transition.

14 - Un espace de nidification: Phénomènes précurseurs et discontinuité
Cet espace transitionnel sous-tendu par des processus complexes et des logiques apparemment contradictoires est le lieu de créativité, d'adaptation et de nidification. Ce sont des nids qui commencent à exister, un peu parsemés ici et là avant de donner lieu à des formations continues dans la mesure où ces formes naissantes ont besoin d'un milieu particulier pour pouvoir naître et s'épanouir. C'est ce qu'observe un simple voyageur traversant la Tunisie d'Est en Ouest ou du Sud au Nord, en sortant ou en abordant une ville.

Une ville ne s'annonce que rarement d'une manière brutale et un paysage ne change pas brutalement : on commence par entrevoir des îlots et des pâtés de maisons d'allure d'abord rurale qui s'urbanise et se verticalise au fur et à mesure qu'on avance. Un passager qui sortait de la ville verrait e même paysage dans le sens contraire ?.
Cette nidification s’opère, en réalité, dans les deux sens si bien que dans l’espace intermédiaire les formes et les processus sont tellement imbriqués et complexes que les termes de médian, d’intermédiaire ou de transition ne peuvent résumer et en rendre compte des nuances et des ambivalences. Sur le tronçon traversé, on rencontre des nids de plus en plus denses d’urbanité et de ruralité qui interfèrent tout en s’intensifiant en sens opposés.
15 - Un espace ouvert: La dynamique de l’échange et de l’interférence
L'espace médian est un espace de pacification et de domption. C'est un espace d'ouverture et de tolérance même si ce espace se trouve refusé par les uns et les autres espaces orthodoxes si on peut s'exprimer ainsi.
L'espace médian se fonde sur les échanges qui supposent inéluctablement l'altération proximitique des deux interfaces tant sur le plan matériel que socio-culturel. Cette ouverture fonctionnelle et structurelle confère à l'espace médian une ouverture culturelle, idéologique et socio-politique susceptible de permettre à ces espaces à s'amarrer plus facilement à l'un des pôles (ou les deux) selon la conjoncture.
L’ouverture, prise ici dans tous ses sens, constitue un trait fondamental de ces espaces intermédiaires. Elle porte en elle, toutefois, les prémices de l’altération, de l’ambivalence et de la dépendance.
Conclusion
L'espace médian serait cet espace situé sur le plan géographique, morphologique, fonctionnel, processussionnel et symbolique entre deux antipodes. Il est le théâtre d'une dynamique transformationnelle assurant le passage d'un pôle à l'autre. Son analyse ne saurait être limitée à ce qui lui confère sa position seulement mais aussi sa fonction de médiation et d'intermédiation, de transformation matérielle et symbolique, de continuité et de rupture, de frange.
Ces espaces sont ils voués simplement à être des espaces relais, de passage et de transition ou disposent-ils de moyens nécessaires de se soustraire à cette servitude même incomplètement?. N'y' a-t-il pas une logique propre à ces espaces intermédiaires qui leur permet de peser dans l'évolution des choses ?. Le rôle d'intermédiaire ne confère pas une position souvent plus confortable dans la résolution des tensions et le dénouement des contradictions ?.
Cet espace qui assure la jonction, le lien, la médiation et l'intermédiation ne mérite-t-il pas une approche spécifique qui en fait le point de départ et non le point d'arrivée ce qui nécessite d'inverser totalement la démarche.
Bibliographie
Dagognet F - 1977 : Une
épistémologie de l’espace conc. Par, Vrin.
Brunet R Ferras R et Théry H - 1993 : Les mots de la géographie.
Dictionnaire critique. Reclus - Documentation Française. Coll. Dynamiques du
territoire. 518 p.
Tunis, Janvier 1998
Additif
La discussion lors du séminaire tenu à Sfax le 2-3 Mars 1998 a permis de nuancer un certain nombre d’idées qu’on peut formuler comme suit :
* Souvent, l’espace intermédiaire ou médian est conçu et étudié comme un espace frontalier, comme un arrière-pays sous-développé et qui est à développer, un espace marginal ou marginalisé, un espace périphérique. Cette vision étriquée se répercute souvent sur la problématique utilisée et étudier un espace intermédiaire revient souvent à prendre un espace dans cette zone (périphérique, marginale, frontalière...) et l’étudier en soi, en tant que tel sans que le concept d’intermédiairité y soit présent ou développé !.
* Les petites villes peuvent être considérées comme un espace intermédiaire où interfèrent urbanité et ruralité, où de nouveaux acteurs émergent et y déploient leur propre stratégie et où les anciens acteurs (urbains ou ruraux) changent aussi de stratégie. Les nouveaux acteurs ont leur propre modes de légitimation qui les distinguent des acteurs traditionnels du monde rural ou urbain.
* Il y a le concept de transition qui est à développer, c’est un concept sous-jacent à la notion d’intermédiaire et de médian. Cette transition touche les différents aspects: transition urbaine, démographique, culturelle, urbanistique...
* Il s’agit aussi d’établir une grille de lecture des espaces médians où certains concepts-clés sont à utiliser: la position géographique, l’accessibilité, la fonction production/consommation avec le couple complémentarité/compétitivité, le changement de structures (plus ou moins progressif), le pouvoir de commandement et de dépendance à la fois...
* Bien que les concepts de médian et d’intermédiaire renvoient à des paradigmes différents, celui de position et celui de fonction, les deux sont liés organiquement et on ne peut avoir le second sans le premier. La médianneté est une condition sine quoi non mais elle n’est pas suffisante pour assurer l’intermédiairité.
* La notion de médianneté et d’intermédiairité est une notion relative qui n’a de sens que par rapport à l’échelle considérée, les limites ne sont pas fixes et ne sont compréhensibles que par rapport aux espaces références.
* La notion de médianneté et d’intermédiairité est liée au critère utilisé et on peut avoir autant d’espaces médians ou intermédiaires que de critères utilisés : industrie, urbain, rural, climat, relief...
* Souvent, les espaces médians et intermédiaires ne sont analysés qu’à travers et à partir des espaces références et des espaces centraux. Ce sont des espaces franges et des espaces résiduels situés à la limite et ne sont là souvent que pour justifier cette limite.
* L’absence de travaux et de bibliographies sur les espaces médians ne veut pas dire que ces espaces n’existent pas dans les pays développés comme l’on laissé entendre certains intervenants.
* La localisation spécifique de ces espaces leur confère des caractéristiques propres qu’il s’agit d’analyser en tant que tels. Quels sont les traits majeurs de la médianneté et de l’intermédiairité ?.
* Autant le terme est utilisé, autant sa signification est floue dans la plupart des écrits et quelque soit l’échelle considérée. Cette situation provient de l’approche de ces espaces comme on l’a vu ci-dessus.
* La notion de transition est à la fois spatiale et temporelle si bien qu’un espace n’est intermédiaire que dans simplexe temps-espace donné, il peut devenir central comme il peut se transformer en un espace frontière.
* L’espace intermédiaire peut se résoudre en un point, comme une ville, une zone franche ou un port, qui assure la fonction relais entre deux maillons d’un réseau urbain ou de communication. L’espace intermédiaire peut être ponctuel et la profondeur spatiale n’est pas une nécessité pour son existence. Cette configuration ponctuelle suppose toutefois la présence de réseaux et de flux qui assurent la jonction entre les têtes de pont et les différents points relais ou périphériques tout en court-circuitant le reste de l’espace qui se trouve traversé seulement. C’est le cas par exemple des relations hiérarchiques où on peut passer d’une ville à un relais directement au moyen de réseaux spécifiques différentiels comme l’aviation, le fax ou l’internet...
* Les espaces intermédiaires ou médians sont souvent hiérarchisés en fonction de leur position géographique et de leur statut fonctionnel. Ils sont souvent drainés, exploités par les espaces centraux dont ils constituent à la fois une soupape de sécurité et un espace-frontière. Leur superficie varie en fonction de l’étendue des territoires et de l’assise spatiale des espaces centraux.
* S’il est difficile de parler de concept, cela n’interdit pas de forger la qualificatif de médian et d’intermédiaire sans que cela se transforme en un terme-prison qui fige une fois pour toute la signification et le contenu. Souvent, on est obligé de travailler avec des concepts flous et en devenir quitte à les dépasser par la suite, préciser davantage le contenu d’autant plus que la réalité est souvent en avance par rapport aux concepts qu’on utilise. C’est le cas du concept région ou ville... En outre, il faudrait pas s’inquiéter trop sur le problème de concept dans la mesure où il est difficile de s’entendre sur le même terme ou qualificatif et le concept de ville en représente un cas typique significatif.
* Il est vrai que le biais idéologique est inévitable. Lorsqu’on parle d’espace intermédiaire, ou de classe moyenne ou de périphérie, c’est toujours par rapport à un espace considéré ou perçu comme un espace central, une classe sociale prise comme référence ou modèle. En réalité, quelque soit, le schéma adopté, il y aura toujours un espace intermédiaire et un espace médian. L’essentiel est de bien préciser la référence, son contenu et ses implications.
* L’espace médian est à la fois un espace de rupture qui assure le passage d’un espace à son contraire (centre-périphérie, ville-campagnes...), il se présente ainsi comme un espace de rupture. Cette transition n’est pas brutale ou brusque, elle s’opère souvent sur de longues distances et passe comme inaperçue. Il y a ainsi une certaine continuité dans le passage qui fait qu’on passe progressivement d’un espace à un autre. De ce point de vue rupture et continuité sont concomitants.
* L’espace intermédiaire est un espace en sandwich, il amortit les chocs d’un côté comme d’un autre et constitue à la fois un espace évolutif où les antipodes puisent leur trop-plein, amortissent les chocs de l’environnement et dénouent les antagonismes et les conflits.
* Chaque espace peut être considéré comme un espace médian et la limite, si elle existe, ne serait que celle de nos connaissances humaines.
* En géographie physique notamment en morphologie, l’approche centrale a été souvent classificatoire permettant de répertorier chaque forme dans une classe bien définie si bien que la place au flou est limitée. Toutefois, en se plaçant en termes de systèmes d’érosion typiques (montagne, plaine...) on peut toujours trouver des formes qui résultent de l’interférence de systèmes différents ou limitrophes ou situés géographiquement entre-deux qui constituent les formes intermédiaires.
* L’intermédiairité suppose que le nombre d’éléments soit très élevé pour pouvoir déceler les gradations et les nuances. Lorsque le nombre d’unités spatiales est limité, on ne peut guère déceler la gradation et on peut voir même des passages brutaux entre deux situations antinomiques. C’est le cas qu’on observe aussi lorsque le découpage spatial est trop grossier pour permettre la visualisation des nuances, c’est le cas du découpage en gouvernorats.
* S’il y a une transition, elle doit apparaître d’elle même sans détour par des méthodes (cartographiques, statistiques...) dont le but est de mettre en relief la transition. Autrement, le problème revient à voir la transition là où elle n’existe pas. Dans quelle mesure la partition statistique correspond-elle à une partition réelle? . est-ce un hasard ou une nécessité ?. Deux biais sont présents : un biais conceptuel de la transition et un biais de visualisation si bien que le problème de transition et de sa cartographie se trouvent posé. Au lieu de poser la question de la meilleure méthode decartographier la transition (ce qui suppose qu’elle existe déjà !), n’est(il pas plus pertinent de poser le problème autrement : quelle est la méthode qui permet de faire apparaître la transition si transition il y a ?. Enfin, le continuim est intéressant à utiliser mais il pose le problème de la perception et la difficulté de bien situer un espace dans ce continuim qui va de 0 à 100%.
* Tout aménagement est inéluctablement en contradiction avec l’espace sur lequel il intervient et c’est l’essence même de l’aménagement spatial dans la mesure où il n’intervient que lorsqu’il y a un blocage dans le fonctionnement spatial et un espace qui fonctionne bien n’a pas besoin d’un aménagement. En outre, tout aménagement découle d’une logique différente de celle son fonctionnement qui se situe dans la plupart des cas à une échelle plus vaste (le problème ne se pose pas avec la même acuité lorsque l’aménagement s’insère dans une logique plus vaste...) ce qui crée des tensions et des conflits. L’aménagement vient corriger l’ordre spatial et le découpage en place si bien que les conflits sont inévitables. L’aménagement est cette re-structuration spatiale contre-disante ou contradictoire de l’ordre établi. L’échec d’une stratégie quelconque doit être interprété comme la réussite de la contre-stratégie déployée et ne pas se limiter à mi-chemin.
* L’espace intermédiaire est le lieu d’un vécu, d’une reproduction de pratiques socio-spatiales qu’il s’agit d’étudier. Ces pratiques et ces formes ne correspondent pas aux pratiques et aux formes référentielles ou habituelles. Le vécu doit y trouver sa place et sa pertinence. Dans ces espaces intermédiaires, on a affaire souvent à de nouveaux acteurs (réellement nouveaux ou extérieurs) qui tendent à maîtriser l’espace, à s’y reproduire et à y créer leur propre centralité avec un modèle référentiel propre. Les processus d’identification, de régénération, de reproduction, de résistance et d’individuation doivent être analysés avec tout l’intérêt. L’intervention externe est souvent faite en termes d’efficacité économique selon une vision centriste donnant lieu à des phénomènes de déstabilisation et une contradiction entre la logique d’Etat et celle des communautés locales posant ainsi le problème de pertinence, d’interprétation et d’ambivalence.
Quelques concepts clés de l’intermédiairité
Interface
Plan ou ligne de contact entre deux ou plusieurs systèmes ou ensembles distincts. C’est le lieu de phénomènes originaux à travers l’échange: métamorphose, fécondation, déformation, réfraction, exploitation de la différence, fusion, créativité. C’est le cas de l’interface air-terre, mer, mer-terre, montagne-plaine, ville-campagne... Les sahels, les frontières et les fronts sont des interfaces. C’est un espace d’échange entre deux espaces, deux, sciences, ou deux domaines...
Intermédiaire
C’est ce qui ou celui qui sert de médiation entre deux personnes, groupes, espaces... C’est l’espace qui assure la médiation, la transmission
Intermédiation
C’est l’action d’assurer le rôle et le statut d’intermédiaire .
Médian
C’est l’espace qui se situe entre deux espaces anisotropes ou au milieu d’une espace isotrope.
Médiateur
Celui qui assure le contact entre deux personnes, groupes ou espaces. Il assure la transmisside l’information , de la communication et des relations de pouvoir. Il est l’inter-locuteurs qui s’ignorent, en conflit ou en présence.
Médiation
Acte et processus par l’intermédiaire duquel se fait le contact entre deux entités, deux personnes ou espaces...