LA GEOGRAPHIE :
De l'écologisme à l'éco-développement
"Les géographes se contentent de juxtaposer (des faits) alors même que la question fondamentale de leur discipline - omment les conditions écologiques agissent sur les fonctions sociales- reste à peu près sans réponse".
S Amin 1973.
"L'écodéveloppement est un développement de populations par elles-mêmes utilisant au mieux les ressources naturelles, s'adaptant à un environnement qu'elles transforment sans le détruire... à la... recherche d'un équilibre dynamique entre la vie et les activités collectives des groupes humains et le contexte spatio-temporel de leur implantation"
I. Sacks 1980.
Depuis le début des années 1970, la prise de conscience du problème de l'environnement est devenue une réalité de plus en plus persistante[1] à tel point que des partis écologistes se sont crées notamment dans les pays industrialisés - pour des raisons politiques qu'on comprend aisément - alors que des associations ont été lancée dans les pays du Tiers-Monde. Le point de départ a été, d'un côté un certain nombre de catastrophes survenus au XX° siècle et dont le rythme s'accélérait de plus en plus, d'autre part la prise de conscience des limites physiques[1] de la croissance économique et matérielle que le monde industriel notamment a connue dans les années 1960. L'année 1992 a été déclarée, par l'ONU, l'année de l'environnement. L'écologie est à la mode, et prend une dimension politique à tel point qu'on parle d'écologie humaine.
Il se trouve cependant que la géographie s'est intéressée aux problèmes de l'environnement dès ses origines sous des formes diverses, d'abord en étudiant l'effet du milieu sur l'homme et ses activités avec un connotation écologique donnant lieu à une école déterministe, ensuite en analysant le rapport réciproque de l'homme et du milieu ouvrant la porte au paradigme environnementaliste; débouchant enfin sur les problèmes de l'écodéveloppement en se plaçant à une échelle planétaire, dépassant le niveau local et régional. L'objet de ce papier est d'analyser les rapports de la géographie et des géographes avec l'environnement.
Du déterminisme :
Après la phase exploratoire qui a marqué toutes les disciplines , la géographie a été marquée par une orientation environnementaliste grâce à Frederic Ratzel[2] parallèlement à un autre courant déterministe sous l'autorité de Karl Ritter[3] qui fait du milieu physique un déterminant de l'histoire dans un processus de causalité linéaire : nature-homme-société.
La géographie a trois grandes traditions[4] : science des rapports de l'homme au milieu, des localisations et de la différenciation . La première rattache la géographie à l'écologie : Haeckel (1872) la définissait comme "l'étude du rôle de l'environnement sur les êtres vivants". Ratzel a contribué à vulgariser cette vision . Ratzel , un naturaliste s'est attaché à l'influence de l'environnement sur l'homme pour évaluer les liens homme-nature . L'être vivant est le produit du milieu dans lequel il vit et il y a lieu d'étudier les lois physiques de distribution de l'espèce humaine . Une nouvelle approche, influencée par Darwin et l'évolutionnisme qui fait de l'environnement le moteur de l'évolution où seuls les plus aptes peuvent survivre . Cette orientation se veut scientifique en dépassant la simple description. Dans cette approche, les possibilités humaines se réduisent à l'adaptation au milieu , notamment physique .
Depuis la fin du XIX° siècle, les géographes étudient les rapports de l'homme et du milieu naturel, ils pratiquaient l'écologie avant la lettre bien que le terme existait déjà mais limité à une minorité. La géographie était "une histoire naturelle de la différenciation de l'écorce terrestre" (P Claval 1977).
La géographie se trouve la première discipline à chercher le lien causal entre le physique et l'humain d'où la centralité des deux faits , l'influence de l'environnement sur l'action humaine est saisie à travers l'observation : l'eau , le sol , le site déterminent la localisation et la forme de l'habitat , les structures agraires et les systèmes de cultures , le site et la forme des villes.... Cette géographie empirique , déterministe est à l'extrême dangereuse donnant lieu au colonialisme et au nazisme : le "lebensraum" n'est-il pas l'expression de ce lien causal entre une race, des ressources nécessaires et un espace vital ?.
Vers le possibilisme :
La tendance environnementaliste avec H. Barrows (Chicago) , fait de la géographie "une science sociale étudiant les relations des sociétés humaines et le milieu naturel et construit". Cette faible démarcation de la sociologie et de l'économie se trouve rejetée par Vidal de La Blache , plus soucieux de l'histoire et de contingence.
Le paradigme a des limites , ce qui donna lieu au possibilisme qui fait que "la nature propose et l'homme dispose" , c'est à dire que l'homme placé dans un milieu similaire adoptera des comportements différents selon le contexte et les groupes sociaux . Vidal de la Blache[5] a été l'un des principaux représentants de cette école possibiliste : la nature ne présente pas que des contraintes , elle offre des possibilités que l'homme va ou non exploiter.
Cependant , le parti est naturaliste : l'environnement naturel reste un élément privilégié dans les études : relief, géologie, pédologie et climat . C'est ce qui explique la centralité de la région naturelle : une unité plus réduite et collant mieux au concret : le paysage , le visible . Les combinaisons environnement -homme sont diverses et les aménagements ne font qu'augmenter cette diversité auquelle la géographie a été très sensible.
La problématique est morpho-fonctionnelle : la forme et la fonction se surdéterminent mutuellement, les données naturelles déterminent les formes d'occupation humaines et les types d'adaptations alors que les aménagements fixent les types de paysage et les nuances locales et régionales . Dans l'étude des nuances locales , le rôle du milieu reste dominant, donnant ainsi lieu à la géographie régionale : discipline idéographique, axée sur la recherche de l'unique , de la diversité et des multiples adaptations aux micro-milieux. En collant trop au milieu, on débouche sur l'encyclopédisme. La géographie régionale a été, de toujours, est très sensible au problème de l'environnement et à l'équilibre société-milieu mais les paysages et ces équilibres qui faisaient le charme et l'originalité sont désormais menacés.
Pierre George écrivait en 1970[6] que "la géographie, science des rapports homme-milieu, part de la description[7] pour aboutir à l'explication". Vidal de la Blache écrivait que "la géographie est science des lieux et non des hommes". Cette problématique, détermine la démarche (inductive ), l'aboutissement (la synthèse) et les limites (l'idéographie) .
La géographie : la rencontre du naturel et du social :
La géographie a connu divers paradigmes successivement et/ou conjointement , l'environnementalisme de Ratzel s'efface devant la pensée régionale puis de l'analyse spatiale . La géographie passe du l'écologisme au néo-positivisme où elle devient science des localisations et des distributions spatiales se rapprochant de l'économie jusqu'au radicalisme et au comportementalisme où l'espace devient enjeu et rapport social d'un côté et une sémantide de l'autre en penchant du côté des sciences sociales (sociologie, psychologie et sémiologie) .
Le possibilisme n'est en fait qu'un déterminisme élargi , il s'agit d'étudier les possibilités offertes par la nature et les potentialités que l'homme peut tirer . Sauer et la culture , les anglo-saxons et les localisations à la recherche d'une rationalité économique . En plus du déterminisme naturel , il y a le déterminisme culturel et économique qui n'échappent pas , non plus au schéma de causalité linéaire. mais l'espace terrestre ne possède pas de propriétés spécifiques et il est porteur d'organisations différentes. La production des ressources est un acte culturel et non un réflexe.
Géographie, environnement et écologie :
Malgré les tendances divergents de l'évolution de la discipline , l'unité réside dans la coexistence et l'interaction à tout lieu des éléments physiques et humaines, les succès de l'écologie expriment une sensibilité à ces rapports malgré le rejet du déterminisme . La géographie n'est-elle pas , malgré tout, "la connaissance de la pratique que les hommes ont de leur espace de vie "?. Cette connaissance et cette praxis touche aussi bien au milieu humain que physique .
Selon P. Haggett, la géographie est concernée par les inter-relations entre deux grands ensembles de variables : les systèmes écologiques qui lient l'homme à son environnement (lien vertical) et les systèmes spatiaux qui associent les régions entre elles (lien horizontal) .
Pour P. George (1980) , "La géographie a pour objet l'étude de la condition humaine dans son environnement , qu'elle a successivement subi, puis maîtrisé et dans certains cas détruit " .
Pour J. Tricart (1981) la géographie a pour objet la description raisonnée et l'explication des divers aspects de la surface du globe terrestre", l'un des plus importants de ces aspects est la présence de quelques milliards d'hommes utilisant des ressources, s'adaptant au milieu et le modifiant. Le rapport homme-milieu se trouve ainsi au centre de ses préoccupations et qui en fait la charnière entre les sciences humaines et celles de la nature.
Si on prenait l'environnement dans son acception large, on trouve ce lien privilégié, dialectique, entre l'homme et son milieu qui est au centre de la problématique géographique. A travers trois définitions de l'environnement, on peut voir la centralité de ce paradigme :
L'environnement est " l'ensemble, à un moment donné, des agents physiques, chimiques et biologiques et des facteurs sociaux susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme, sur les organismes et les activités humaines. " Conseil International de la Langue Française.
Ce sont "les aspects des activités de l'homme qui modifient sa propre vie et son bien-être " Secrétaire Général de la Conférence de Stokholm (Mr Strong), 1972.
C'est "l'ensemble des êtres qui composent l'espace proche et lointain de l'homme dont celui-ci peut déterminer ou changer l'existence , mais qui peuvent déterminer totalement ou partiellement la sienne et les modes de vie de celui-ci." Colloque International d'Aix-en Provence. Novembre 1972.
L'environnement s'occupe ainsi des rapports sociaux et de la qualité de la vie.
L'écologie est "l'étude des êtres vivants entre eux et avec le milieu" (Haeckel 1886), analyse les conditions à remplir pour ne pas compromettre l'activité ou la vie, d'où son apparition tardive en tant science à part malgré les prémices précoces.
C'est une science nouvelle qui risque de conduire au réductionnisme biologique " c'est la science des systèmes biologiques nés des inter-relations des êtres vivants et de leur milieu "(G. Olivier 1975), elle se rattache plutôt aux sciences biologiques, et de ce fait elle a négligé un peu l'étude du milieu physique[8]; Max Sorre dans ses fondements biologiques de la géographie humaine a traité de ce problème mais les deux disciplines géographie et écologie , sans se confondre, ne peuvent pas s'ignorer l'une l'autre.
L'espace géographique n'est en définitive que cet espace écologique (biotope-biocénose - climax) altéré, transformé et aménagé par l'homme et ses activités, c'est à dire un espace inéluctablement historico-culturel. Toute connaissance du milieu provient de la pratique et le fait naturel n'est perçu comme objet qu'en devenant un fait culturel. Espace géographique et espace écologique tendent à être indépendants au fur et à mesure que se développent les techniques. A l'écosystème correspond le géosystème.
Si au début, l'environnement marquait fortement l'homme et la société, les progrès techniques et le rythme accéléré de la consommation font qu'on de plus en plus à un processus inverse à tel point que les enjeux deviennent l'avenir de l'homme, voire sa survie. Peut-on assurer un développement qui porterait atteinte à la vie ?.
Une empreinte inégale de l'environnementalisme :
La géographie se trouve inégalement marquée parl'environnementalisme et c'est la géographie rurale et agricole qui est la plus touchée , beaucoup plus en tout cas que la géographie urbaine ou industrielle...
C'est la géographie rurale qui se trouve la plus affectée par cette optique environnementaliste dans la mesure où c'est là où le poids de la nature et de l'histoire est le plus lourd dans la dynamique et les aménagements humains .
La problématique insiste sur le lien nécessaire et déterministe entre la nature ( la géologie, le relief, le climat ...) et les paysages ruraux . La physionomie d'abord , ensuite la fonction, d'où la place privilégiée de la spatio-génèse . La région est l'aire d'extension d'un paysage dans une aire naturelle : homogénéité physionomique. On cherche à dégager, à tout prix , le cadre physique dans lequel s'inscrit l'histoire . La confusion entre la description et l'explication donne lieu aux superpositions du paysage à la région naturelle, d'où le lien étroit entre la nature, les pratiques culturales et techniques : paysage et système de cultures, structures et civilisations agraires .
A cette trame naturelle s'est ajoutée une différenciation historique (nouveau et ancien monde) et politico-idéologique (libérale , socialiste)... La typologie privilégie l'aspect physique même si les éléments sociaux sont parfois déterminants : une manière d'évacuer le politique ?. Les études d'unités micro-spatiales donnent lieu à des unités "régionales" en harmonie avec le milieu avec permanence des liens et originalités justifiant même le découpage naturel alors qu'on commence à connaître de rapides mutations et une standardisation à l'échelle planétaire !.
Vers les années 1950 , on élargit les perspectives en donnant un intérêt plus grand aux facteurs sociaux ( J. Gottmann 1947 , Le Lannou 1949 , P. George 1963...) et on tend à étudier le rapport homme-milieu en se rapprochant de l'écologie ( influence réciproque) : il s'agit d'étudier l'impact des actions de l'homme sur le milieu . On passe alors à une géographie active à partir d'une géographie des particularités et des typologies : l'équilibre homme-milieu avec les facteurs endogènes et exogènes . C'est l'écodéveloppement , concept apparu vers les années 1970 : c'est étude des interactions entre les diverses sociétés humaines, leur environnement et les déséquilibres qui en résultent avec modification de l'échelle de pertinence, de locale , elle devient de plus en plus nationale et planétaire.
On retrouve cet impact de l'écologisme sur les autres branches de la géographie . Ne parle-t-on pas d'écologie urbaine ?. Le site, le plan ne sont-ils pas l'expression des données physiques, leur permanence n'est-elle pas le fruit de ce déterminisme persistant. La situation ne préside-t-elle pas à la distribution des villes dans un rapport dialectique fonction-situation . Les ressources naturelles ne déterminent-elles pas , et dans une grande mesure, la localisation industrielle .
Du renouveau écologique :
La nouvelle géographie écologique , est une nouvelle manière, différente de celle des années 1920 , l'accent n'est plus mis sur un environnement externe figé mais sur "les moyens par lesquels les hommes structurent leur environnement selon leurs desseins" (Taaffe, 1974). Ce retour de la nature s'explique par deux raisons fondamentales :
- l'intérêt accru pour l'environnement : en fait on s'est rendu compte que la croissance tout azimut porte atteinte à l'environnement et mettrait en danger la survie même de l'espèce.
- les progrès de la vision systémique qui prenait la société et son environnement dans ses relations complexes et interactives.
La maîtrise des pyramides écologiques , la transformation de la matière , les transports et les communications se combinent aux techniques sociales de connaissance , domination et de contrôle de l'espace : aspects et forces qui commandent l'organisation actuelle de l'espace, le géographe n'échappe pas à la mise à jour des liens entre l'homme et le milieu naturel..
H. Barrows définissait la géographie , déjà en 1923, comme "une écologie humaine", l'adaptation de l'homme à son milieu ne peut être que anthropocentrique : c'est à dire qui tient compte de l'environnement socio-culturel. Cette préoccupation devient, depuis un certain nombre d'années, celle de plusieurs disciplines qui intègrent l'homme et la nature : de la biologie à la démographie, de la psychologie à l'éco-économie... c'est l'écodéveloppement .
A l'écodéveloppement :
La réflexion sur le développement dans les années 1950-60 s'est fondée sur la possibilité de réduire l'écart de développement entre les pays, évacuant un peu la diversité culturelle et écologique sous l'influence des écoles libérale et marxiste notamment Rostow et Marx[9]. On s'est rendu compte de l'impossibilité de suivre le même chemin que les pays avancés (G. Frank 1970 , S. Amin 1971...), que la croissance ne pouvait se faire que par rejets d'éléments négatifs dans l'environnement par destruction d'éléments positifs, d'où la tentative de prise en compte de l'élément qualificatif (modèle centre-périphérie) .
La conférence de Stokholm 1972 constitue un tournant décisif dans la prise de conscience de la centralité de l'environnement , la croissance économique remet en cause les ressources illimitées. Le problème est encore plus grave dans les pays en voie de développement , là où la pénurie se joint à la surexploitation .
La protection de l'environnement , équité sociale et croissance économique sont à la fois nécessaires et compatibles (Sachs 1990) , développement endogène , respect de la diversité et couverture des besoins fondamentaux , c'est l'écodéveloppement.
"L'écodéveloppement est un développement des populations par elles-mêmes utilisant au mieux les ressources naturelles, s'adaptant à un environnement qu'elles transforment sans le détruire... à la... recherche d'un équilibre dynamique entre la vie et les activités collectives des groupes humains et le contexte spatio-temporel de leur implantation" I. Sacks 1980. quelle géographie ne se trouve-t-elle pas sollicitée par ces préoccupations ?.
Environnement et développement : la difficile équation
Jusqu'au début des années 1970, l'activité humaine n'a pas posé de problème à l'écosystème[10] jusqu'au moment où les techniques commencent à altérer la terre, inégalement d'ailleurs, perturber le cycle de l'énergie et de la matière dans la biosphère. L'activité humaine tend à rendre ouvert le cycle fermé de l'écosystème, donnant lieu à l'instabilité: les engrais sont destinés à combler la perte due à l'activité...
On peut distinguer, en gros, trois causes majeures :
- l'extension des espaces bétonnés, l'uniformisation et le recul de la forêt..
- L'importance croissante des rejets et des déchets non recyclables.
- Le déséquilibre entre prélèvements et productivité de l'écosystème (matière, énergie) d'où la crise de reproduction.
On a trois axes de réflexions :
- L'économie de marché conduit à une exploitation irréfléchie des ressources naturelles suivant le profit à court terme. Il s'agira alors de reproduire l'environnement à long terme et gérer convenablement les ressources.
On prend de plus en plus conscience des coûts environnementaux du développement et certaines recherches ont tenté d'évaluer le facteur limitatif du milieu[11]. Mais la gestion des ressources n'est pas seulement un problème économique ce qui en fait une tache complexe. La géographie des ressources s'articule autour de trois axes : l'analyse (répartition, offre, demande, caractéristiques...), l'affectation alternative et le contrôle et le développement. la pollution se pose à des échelles différentes ( locale: quartier, ville, littoral ou régionale: bassins... ) et l'approche géographique est ici irremplaçable. Certains travaux on essayé d'analyser la liaison entre pollution et développement urbain[12], elle débouche sur le lien entre les formes urbaines et la pollution et ses conséquences sur la dynamique urbaine.
Il y a aussi le paradigme comportementaliste vis à vis de la pollution et des attitudes que les gens peuvent avoir face aux risques, aux programmes d'antipollution. La géographie des hasards naturels (inondation...) permet d'éclairer les coûts-avantages des grands travaux d'aménagement, les études montrent que que le dommage s'accroît en fonction du coût financier du contrôle[13]. La non prévisibilité des comportements en face des risques fait que la recherche s'oriente plus vers l'approche behavioriste.
- La forte responsabilité des pays du centre dans cet état (exploitation, modèles technologique et de consommation...). Le mal développement des uns et le sous développement des autres est la conséquence du modèle qui a régi le développement jusqu'ici : le modèle centre-périphérie, d'où l'importance du développement endogène.
Le développement passe par la remise en cause de trois pouvoirs: l'Etat, le marché et la technostructure qui sont source d'inégalités (R. Prebish 1949, G. Myrdal 1957, S. Amin 1971, M. Santos 1975, W. Isard 1971...) générées par les mécanismes du modèle de développement centre-périphérie dont les implications spatiales sont très importantes.
- Le style de développement a exclu l'individu de la sphère de décision. Il y a lieu de favoriser la participation et de décentraliser le pouvoir.
Ce développement, en harmonie avec l'environnement qui répond aux besoins n'est que l'écodéveloppement.
L'espace s'organise en fonction des rapports sociaux, des intérêts souvent lointains d'où la question du modèle de développement se pose avec acuité !. Il faut noter l'ambiguïté du diffusionnisme qui a prévalu jusqu'ici. En fait il crée des liens de dépendances et inhibe la structuration spatiale, le dualisme est souvent fonction du degré de la dépendance tandis que le modernisme conduit à la concentration de la pauvreté et des richesses. L'homme subit les inconvénients environnementaux par le bais de l'espace, par lequel le coût social de la dégradation de l'environnement se fait sentir à l'habitant.
Conclusion
L'environnement : un enjeu
Le développement est ce processus déterminé par l'interaction complexe entre une structure culturelle et une structure physique, l'articulation des objectifs sociaux et écologiques se trouve médiatisée par l'organisation de l'espace. Il se trouve auusi que plus de 80% des pays du Tiers-Monde tirent l'essentiel de leur produit de la terre : c'est dire que la terre constitue un enjeu de taille pour la survie et le développement de ces peuples. Or, la terre au centre de la problématique du développement , de la survie et de l'action environnementale. Certains pensent que la notion de style de vie tenant compte de la relation homme-société-nature et rejoignant la notion de genre de vie[14], notion tombée en désuétude, peut constituer un concept opératoire au niveau de l'écodéveloppement (Cunha A, Greer-Woothen B et Racine J.B 1981).
Il s'agit de définir le degré de tolérance du milieu, les effets potentiels consécutifs à l'action et à l'intervention humaine mais le problème ici, c'est le décalage : les effets induits ne se déclenchent qu'avec retard par rapport aux causes. D'où la nécessité des études d'impacts avant même de commencer l'exécution ou de prendre la décision . Il se trouve aussi que très souvent les mêmes instances sont à la fois juges et partis ?.
Deux alternatives :
L'aménagement du milieu physique répond surtout à un l'impératif de fournir durablement les ressources dans de meilleures conditions et améliorer le cadre de vie.
Deux alternatives se présentent pour la gestion du milieu : Conserver la nature, c'est à dire renoncer à gérer et à aménager et faire un peu partout des musées naturels ce qui correspond à la croissance zéro. Cette alternative nie le développement notamment dans le Tiers-Monde où la dégradation de l'environnement est due à la pauvreté et à la misère[15].
De l'autre côté, bien gérer le potentiel naturel et génétique par l'étude d'abord dans la mesure où on n'a même pas une idée des richesses qui existent actuellement et que ce potentiel est en baisse continue. Outre l'étude, il y a lieu de créer de véritables réserves naturelles à l'instar des musées dans la ville.
L'environnementalisme ou la crise de reproduction
Les mécanismes de la nature se trouvent exploités par un processus aveugle : celui du profit immédiat. La révolution industrielle a fait que l'économie et la vie des sociétés est devenue, de plus en plus; basée sur les ressources non renouvelables ce qui est de nature à perturber les équilibres de l'écosystème et du géo-système. Pour vivre mieux, il faut désormais produire moins et consommer moins. Le problème qui se pose, à qui va-t-on imposer de moins consommer ?. L'enjeu est éminemment politique.
Le réalisme écologique se base sur la limite externe de l'économique: la crise écologique est une crise de reproduction des ressources non recyclables (l'eau, la matière, l'énergie, et l'espace...), une crise de l'homéostasie de l'écosystème. L'espace est devenu, depuis deux décennies au plus, une donnée rare et dont l'affectation, souvent irréversible, constitue un enjeu pour l'avenir du groupe . L'intrusion dans les espaces, dans le territoire approprié, n'est-elle pas une atteinte à l'environnement ?. Ne conduit-elle pas au stress, à l'insécurité et aux troubles ?. Il se touve que l'espace n'est pas une donnée allogène, externe, on est dans et on n'existe que par l'espace !.
Une nouvelle géographie
La limite de l'économique n'explique-t-elle pas les nouveaux processus de redéploiement industriel au niveau mondial donnant lieu à une nouvelle géographie des activités[16]: un affinage de celles du centre selon les incidences environnementales, entre autres facteurs et une diversification des activités de la périphérie. Les atteintes à l'environnement ne sont-elles pas à l'origine de la prise de conscience de l'importance de cet environnement dans la vie et dans la stratégie de divers groupes?. N'est-elle pas à l'origine du développement des associations de sauvegarde ou de conservation, voire de partis politiques. Ce mouvement ne va-il pas infléchir la localisation des activités, des infrastructures et des hommes ?. La rencontre de ces deux mouvements donnera lieu à une nouvelle géographie : nouvelle par la localisation et la distribution spatiale, nouvelle aussi par la prise en compte de l'environnement dans les choix d'implantation et de localisation.
Cette nouvelle géographie est à relier à deux aspects importants à l'échelle mondiale du moins et qui ne vont pas manquer d'affecter l'avenir de l'humanité :
- Le système multinational qui risque de mettre en cause sa base même qui lui a donné naissance : l'Etat-nation !.
- Le recours au nucléaire risque de réconforter la technostructure militaire !.
De l'exploitation à la Prise en charge la nature
Le milieu naturel constitue une donnée pour l'action humaine, les éléments sont reliés par des lois qui déterminent les arrangements spatiaux et que la géographie étudie. Il se trouve cependant que les paysages sont pour l'essentiel, et de plus en plus, une création de l'homme qui modifie les équilibres. Il y a une divorce entre l'espace géographique et l'espace écologique. La prise de conscience des problèmes de l'environnement d'une part et les progrès de la théorie (Connaissance plus poussée des lois naturelles, théorie systémique, démarche déductive...) de l'autre, conduisent à la géo-écologie ou à l'éco-géographie.
Pour organiser son géo-système (son espace), l'homme a exploité la nature, il désorganise l'écosystème mais pour survivre il doit désormais prendre en charge la nature.
[1] - Le point de départ a été l'ouvrage de Rachel Carson (1962) : Le printemps silencieux. (The silent spring), en 1962 s'est tenue la Conférence Intergouvernementale sur l'utilisation rationnelle et la conservation des ressources de la biosphère, en 1971 il y a eu le Congrès International de Helsinki et en 1972 la Conférence de Stokholm.
[2] - En 1968 est creé le Club de Rome, en 1972 le MIT a établi son rapport " Halte à la croissance" alors que la même année la revue anglaise "The Ecologist" titrait : "Changer ou disparaître ".
[3] - Ratzel F -1897 : Politische Geographie. Oldenburg, Munich.
[4] - Ritter C - 1836 : Géographie générale comparée. Trad Buret et Delar, Paris.
[5] - Ces trois écoles rentrent dans la tradition géographique sans parler des tendances récentes vers le radicalisme et le matérialisme historique, le behaviourisme et le comportementalisme...
[6] - Vidal de La Blache P - 1922 : Principes de géographie humaine. Colin, Paris.
[7] - George P - 1970 : Les méthodes de la géographie. PUF.
[8] - L'observation se trouve privilégiée et de là, ce qui est fixe se trouve au centre des préoccupations. Les éléments mobiles, naturels mêmes, sont les derniers à être appréhendés , c'est le cas de l'eau ou de l'air...
[9] - L'écologie considère que les écotopes sont fixes.
[10] - Cf Rostow -1960 : Les étapes de la croissance économique.
Marx écrivait que " le pays qui possède l'industrie la plus développée ne fait que révéler à la nation moins développée , l'image de son propre avenir" . Cité par G. Myrdal 1972.
[11] - L'écosystème est l'ensemble des êtres vivants (biocénose : phytocénose - zoocénose) et du milieu (écotype) dans lequel ils vivent. Le premier qui forgé ce terme est Tansley en 1934. Cf J Tricart in Bibliographie ci-jointe .
[12] - Tricart J et Kilian J - 1979: L'éco-géographie et l'aménagement du milieu naturel. F Maspéro- Hérodote, Paris.
[13] - Berry J.B - 1974 : Land Use, Urban Forme and Environment Quality. Research Paper, n° 155, Dept Geography, Univ Chicago.
[14] - White G - 1973 : Naturel Hazards Research. in Chorlet R (edit): Directions in Geography. Methuen, London, pp: 183-216.
[15] - Ensemble d'habitude et rythme assurant l'existence (outils, procédés, organisations sociales...) assurant l'équilibre avec le milieu. Ce concept, longtemps utilisé pour les groupes auto-suffisants et d'une optique souvent ethnocentrique tome en désuétude.
[16] - Un cercle vicieux s'installe : la croissance démographique conduit à d'énormes besoins, d'où le déséquilibre et la dégradation du milieu et le sous-développement...
[17] - Les USA produisent à l'étranger plus de 6 fois qu'ils n'y exportent.