L'argumentation géographique
De la représentation à l'explicitation
Chaque discipline se caractérise par un système d'argumentation lui permettant de fonder ses prémisses. Cette argumentation géographique est passée par plusieurs étapes au fil du temps et chacune de ces étapes a été marquée par un type d'argumentation tout en allant vers la multiplication et la diversification des outils et des instruments utilisés.
L'argumentation géographique s'est limitée au début à l'utilisation de la carte dont l'objectif premier a été la représentation des faits spatiaux découverts ou analysés. En second lieu, ce fut le tour de la démonstration où la carte est utilisée comme appui à la démonstration de l'idée avancée parallèlement à l'apparition de nouveaux outils argumentatifs comme la modélisation et le raisonnement mathématico-statistique. Enfin, on est passé à la phase de l'explicitation où le support graphique est utilisé pour expliciter une structure à travers la modélisation graphique et la chorématique. Parallèlement, on a vu apparaître de nouveaux outils favorisés par l'évolution technique de l'informatique et des télécommunications avec la télédétection et les SIG.
1 - Argumentation et savoir scientifique
Les questions posées, les méthodes utilisées et les résultats obtenus à un moment donné ne contiennent pas en elles-mêmes toute leur signification. Toute construction du discours argumentatif relève d'une nécessité de langage et l'activité scientifique est formée pour une bonne partie d'une activité discursive et argumentative. Que ce soit lors de l'élaboration du projet de recherche ou de la communication du résultat, le géographe construit discursivement des objets de savoir (Mondala, Racine, 1996) et il faut distinguer entre le raisonnement argumentatif et l'instrument.
L'argumentation est indépendante des questions posées en amont, des résultats obtenus et des propositions théoriques en aval tant au niveau de la portée théorique, du pouvoir prédictif et de la pertinence empirique.
Les concepts choisis dans l'argumentation ont un rôle médiateur et l'évolution de ces concepts conditionne les formes et les modes de l'argumentation, l'appareil méthodologique et les théories sous-jacentes.
2 - Les péripéties d'un concept : du lieu, à l'espace et au territoire
Certains concepts centraux de notre discipline de nos jours comme celui d'espace n'ont fait leur apparition que très tardivement. C'est ainsi que le terme d'espace a été utilisé pour la première fois au début des années 1950 par J Gottmann en particulier et il n'existe même pas dans le dictionnaire de Pierre George de 1970 comme entrée. Il figure en filigrane dans l'entrée espace économique pour parler de l'espace géographique dont la définition a été emprunté à l'économiste François Perroux (Bailly, Ferras 1997).
C'est le concept de lieu ou de région qui a été au centre de la discipline dès sa naissance jusqu'au milieu du XX siècle avec sa connotation naturaliste et localiste héritée de l'école vidalienne mais aussi allemande où les rapports entre les hommes et leur milieu ont été (et restent toujours présents) constituent le paradigme central de la discipline. Vidal de la Blache définissait la géographie comme "la science de lieux" (Cf. plus loin).
Le concept d'espace constitue un exemple éloquent de cette évolution dans l'argumentation dans la mesure où il constitue le concept central. Une science, se définit par le type de question posée à travers la médiation des concepts utilisés, par ses théories et ses axiomes. La discipline utilise une série de termes, notions et de concepts comme l'espace, le territoire, la distance, la région...
La géographie a questionné traditionnellement les relations entre la société et son milieu naturel ainsi que les formes de différenciation et d'organisation dérivées. Après les représentations naturalistes, les géographes ont commencé à accepter que les formes de différenciation découlent des représentations et des pratiques de cet espace. L'espace devient de plus en plus territoire : un espace informé, déformé, approprié, investi. C'est à dire un espace chargé de sens, qui a une histoire, celle des hommes. Ce territoire est un texte qui ne peut pas être compris en dehors d'autres textes, sans l'intertextualité et la géographie devient en plus de l'analyse du matériel, une science du discours, elle analyse l'argumentation des producteurs de cet espace. Cette position fait que l'argumentation n'est pas a-historique, elle s'inscrit dans le temps et évolue parallèlement aux pratiques spatiales.
De simple étendue, support de répartitions, théâtre et ressources de l'action humaine; l'espace intervient dans les arrangements spatiaux à travers la distance et le coût imposé. Il devient un espace aménagé et produit par la société qu'il reflète en présentant une structure qui n'a rien à voir avec la nature : centre(s) et noeuds, axes et couloirs, réseaux et hiérarchies... Cet espace social devient de plus en plus relatif avec le courant humaniste : un espace vécu, représenté, subjectif . L'objet d'étude devient l'individu dans ses relations avec l'espace vécu et perçu , et non plus l'espace lui-même, à travers la subjectivité égo-centré revalorisé à travers le concept d'espace-signe mobilisant le référentiel sémiologique. La géographie change de registre et passe ainsi des formes aux sens et aux intentions qui ont été évacués par le néopositivisme et l'approche spatialiste (distance, coût...) faisant abstraction des rapports biologiques et sociaux qui s'expriment à travers des médiations économiques et culturelles qui sont en rapport dialectique.
L'espace devient avec les années 1970 une réalité historique distincte de la réalité matérielle en ce sens qu'elle est pratique beaucoup plus qu'une existence. La territorialité (Racine et Pteroudis 1997) est le résultat de la combinaison des relations de la verticalité (homme-milieu) et de l'horizontalité (inter-relations entre lieux). Ce concept de territoire a évolué dans le temps et il a pu se substituer au concept d'espace dont l'utilisation a été banalisée depuis les années 1970 et le terme se vide de sens: le territoire prend la relève de l'espace, assoie la consubstantialité entre espace et société.
L'espace est une réalité matérielle (infrastructure, formes, bâtiments...) mais aussi idéologique et imaginaire[1]. Il n'est pas simplement une enveloppe de la société, c'est un produit: "il en est en elle comme sa culture et son histoire sont en elle". L'espace est un mode d'occurrence puisqu'il n' y a de société que spatialisée. L'espace préexiste à la société, il en est le produit au même titre que le paysage. C'est aussi instrument et milieu contraignant qui assure la reproduction et le changement. L'espace n'existe pas en dehors de la société et l'individu est à la fois auteur et composant de cet espace.
L'espace, comme le paysage, est un produit social, culturel, il est fait d'idées et est le résultat de pratiques sociales dans le temps long des groupes sociaux selon leurs rapports. Il exprime la valorisation du passé, les relations sociales et la culture de masse. Cette infrastructure matérielle constituée par les bâtiments, les voies, les réseaux, les immeubles, les plans ou les clôtures est faite surtout d'idées, d'enjeux et de stratégies beaucoup plus que de simples objets matériels.
L'espace a une symbolique (Isnard 1977, 1978) qui traduit le projet vital d'une société ou d'un individu (survivre, subsister, se recréer, se protéger, se reproduire...), les aspirations et les croyances et les géographes ont commencé à s'intéresser à la construction sociale de l'espace reconnaissant la sémantisation. Tout usage social est converti en signe de cet usage disait R Barthes et J Ruffié proposait le terme de sémantide dans le sens de "substrat matériel porteur d'une signification"(1975). Le mot comme l'outil traduisent un concept dont il est la représentation concrète.
La géographie se donne habituellement comme objet "l'étude de toutes les médiations qui s'exercent entre les hommes et les faits de toute nature selon leur position respective à la surface du globe" (Racine, Pteroudis 1997). Elle le fait à travers la distance et l'étendue jugées au début comme objectives pour les enrichir ensuite par des médiations comme l'accessibilité ou les représentations... L'espace est à la fois moule et miroir, produit et médiateur des relations sociales.
3 - Le support graphique : de la représentation à l'explicitation
A chaque période, on a une utilisation privilégiée d'instruments précis et la valeur argumentative a évolué dans le temps: c'est le cas de la carte par exemple qui constitue un outil central de visualisation des faits qui distingue la géographie des autres disciplines. La carte a constitué dès le début un support graphique pour représenter (fixer) les découvertes. Les schéms, les graphiques et les chorèmes vont suivre. La carte devient très vite un instrument d'argumentation en plus qu'elle est outil de représentation et de délimitation, pour appuyer une idée ou un discours dans une optique performative.
La géographie classique s'est caractérisée par une argumentation de passage du savoir populaire aux concepts scientifiques (M C Robic 1991). L'oeuvre de la Blache et ses disciples se veut une description raisonnée et savante de la vie quotidienne entre l'empirisme (description) et le constructivisme (explication) de cette "science des lieux". C'est ainsi le cas du concept du genre de vie qui résume à la fois les trois courants : le naturalisme et le déterminisme avec l'impact du milieu où la nature détermine les rythmes et les activités et les modes des pratiques spatiales, le possibilisme qui laisse aux hommes une certaine marge de manoeuvre. Le raisonnement est verbalo-historique et la carte est utilisée comme support d'identification, de fixation et de représentation des éléments observés. Elle n'a pas une fonction argumentative et démonstrative.
On apprend au début du siècle à s'appuyer sur des raisonnements puisés dans la physique et les mathématiques épousant un objectif de démonstration pour établir un savoir plus formel. C'est le cas de la théorie gravitaire qui explique l'interaction spatiale, la théorie des lieux centraux. Cette formalisation touche aussi le langage et le raisonnement qui se mathématise. L'argumentation va puiser davantage dans les données chiffrées et le calcul. Les modèles sont empruntés aux disciplines qui en possédaient alors comme la physique, les mathématiques ou l'économie. Le positivisme devient dominant, le traitement des données se développe permettant la réduction des données et le moyen d'expérimentation: la réalité est construite à travers la statistique qui permet de dégager des lois générales. Le traitement statistique permet de voir dans quelle mesure les écarts (à un modèle) sont dus au hasard ou significatifs suivant ainsi un raisonnement analogique. Entre l'audacieux (affirmation gratuite) et le raisonnable, (affirmation réservée) seul le scientifique peut déduire avec une certaine probabilité d'erreur (Libault 1967).
Parallèlement, sur le plan de la visualisation, les schémas apparaissent et sont utilisés dans un but d'explication (théorie) et de démonstration (argumentation). Plus récemment encore la chorématique, se référant au structuralisme, offre la possibilité d'une nouvelle argumentation (R Brunet) permettant de modéliser l'espace en ne retenant que l'essentiel (la structure) à travers un langage précis (les chorèmes) qui constitue un véritable alphabet permettant d'expliquer les distributions et les dynamiques spatiales, les structures élémentaires de l'espace. Ayant affaire à des objets spatiaux, la géographie fonde une modélisation spatiale dépassant la géographie régionale traditionnelle (descriptive et cartographique), utilisant l'apport de la quantification pour aboutir à la mise en place d'une série de symboles géométriques qui, à travers diverses combinaisons, constituent les chorèmes: unités élémentaires de construction d'un modèle d'organisation spatiale (Cf plus loin) permettant de dégager les lois de structuration spatiale en rapport avec la société évidemment. Les problèmes d'aménagement du territoire se trouvent ainsi pris en compte avec plus de pertinence et de clarté. Les controverses soulevées par les chorèmes, leur apport et leur limite (Lacoste 1995, Reymond 1996) sont indicatives de l'évolution des pratiques de la discipline et du souci de voir les chorèmes remplacer la carte.
L'émergence de problématiques radicales, va permettre de placer le discours dans une optique d'une théorie générale du social en empruntant explicitement des formes d'argumentation à d'autres sciences humaines (Harvey 1973 ). Les données statistiques comme les supports graphiques ne sont plus considérés comme autonomes, ils servent seulement pour la vérification de formulations plus générales se situant à un autre niveau. La carte ne constitue plus un argument propre, elle est démonstration de ce qui est énoncé, témoin de la pertinence de l'idée avancée.
La réaction humaniste à l'aspect doctrinaire du marxisme et du quantitativisme va permettre une nouvelle ouverture sur les sciences sociales qui ne se limite plus à des emprunts de corpus argumentatifs d'autres disciplines comme la psychologie mais qui essaie d'adapter les appareils et les procédures d'analyse[2] donnant lieu à de nouveaux courants comme la nouvelle géographie régionale anglo-saxonne (inspirée du sociologue Giddens A). La visualisation est utilisée comme preuve supplémentaire comme d'autres preuves comme l'analyse du discours et de l'iconographie (travaux sur la gentrification...).
L'ouverture est aussi politique dans le sens d'un engagement plus important du chercheur dans les problèmes de la société donnant à ses argumentations plus de pertinence (relevance): géographie féministe, géographie de l'aménagement, des minorités, l'éthnicité, l'exclusion et les mouvements urbains... Posant le problème de l'argumentation spécifique dans la mesure où il n'est pas possible de produire un discours scientifique en se gardant d'expliciter les liens qu'il entretient avec la société : "tout discours, même si celui-ci se dit scientifique, participe d'une certaine structuration des rapports de pouvoir et doit être examiné en fonction du rôle qu'il joue dans cette domination" (Racine et Pteroudis 1997) et les auteurs se référant aux travaux de géographie féministe[3] d'ajouter que tout discours scientifique est par essence un discours dominant (un discours de classe, un discours masculin...).
Cette argumentation implique le rejet systématique des grands auteurs qui font référence qui participent à l'argumentation autoritaire. Elle s'exprime aussi au niveau méthodologique, l'entretien ou le questionnaire, technique de collecte de données deviennent objet de réflexion en soi: modalités de l'enquête, autorité de l'enquêteur, rapport enquêté-enquêteur... Il s'agit de donner à celui qu'on étudie une place dans l'élaboration du savoir et de l'objet de recherche. Les enquêtes cessent d'être parlés par la science et prennent en charge leur parole, leur manière de voir. Ce paradigme découle de l'imbrication entre la recherche scientifique et l'engagement politique.
4 - Vers une convergence
La multiplicité des outils et des paradigmes n'exclut pas une certaine convergence vers une approche plus réflexive à travers la revisitation du structuralisme et de la phénoménologie.
Comment un espace structuré d'une certaine manière a été engendré ?. Cette question ne peut pas recevoir "une réponse strictement géographique" selon G Desmarais[1] cité par J.B Racine et E Pteroudis (1997). Les formes matérielles et concrètes sont "à la fois produites par une dynamique d'appropriation territoriale d'ordre anthropologique et politique, et contraintes par une structure morphologique abstraite" (op, cité). L'explication géographique (même structurale) de la localisation ou de la distributions resterai, selon les auteur, partielle dans la mesure où elle ne tiendrait pas compte du processus de l'appropriation territoriale. L'explication structuraliste doit se doubler par une explication dynamique où le rôle de l'acteur, du sujet ou de l'agent doit être mis en relief et éclairé. Desmarais arrive à combiner le structuralisme et la sémiolinguistique pour comprendre les valeurs associées aux différents espaces de la ville de Paris, le comportement des individus et la structuration urbaine.
Cette école est le fruit de la rencontre de la théorie structurale générale de la géographie et des travaux de l'équipe d'épistémologie des modèles sémiotiques et cognitifs de l'EHESS[4]. La théorie de la forme urbaine de G Richtot et C Feltz découvre le parcours morphogénétique en combinant la structuration géographique des formes et les conditions anthropologiques de leur production. La théorie part du postulat que les formes paysagères sont relativement autonomes des formations et forces associées qui ont été privilégiées par l'approche explicative de la géographie.
La morphologie géographique est structurée par "une géométrie abstraite" engendrée par une dynamique interne dont l'existence n'est démontrée qu'au moyen d'une explicitation démonstrative qui prend appui sur la théorie de la morphogenèse (Petitot 1985). L'espace géographique est une actualisation de représentations symboliques par l'appropriation: une dynamique interne définie par des trajectoires de mobilité qui prennent des formes différentes. Ces travaux récents montrent que l'explication place toujours le phénomène concerné dans un cadre plus général dépassant le fait lui même donnant lieu souvent à une modélisation abstraite qui dépasse l'expérience empirique.
Une seconde tendance se dessine dans les travaux récents et se place dans une perspective phénoménologique et interprétative. Le travail de A Berque sur le paysage se situe dans ce cadre et se pose comme postulats d'abord la nécessité de la reconstruction du langage géographique, et de la prise en compte du rôle du milieu (milieu géographique et culturel), dans l'explication des phénomènes sociaux ensuite. Cette réinvention du paysage, passe pour A Berque par la mise en place de nouveaux termes qui seraient la base d'une nouvelle géographie culturelle.
Pour A Berque, le milieu est une relation d'une société à l'étendue terrestre qui comporte un versant physique (factuel) : l'environnement y compris les rapports sociaux, et un versant phénoménal (sensible) : le paysage. Il parle ainsi de "médiance" pour caractériser cet espace comme produit de l'action et de la représentation humaine d'où l'ambivalence irréductible à l'un des versants (Racine, Pteroudis 1997). Il n'y a pas de milieu en soi, il est que vécu, représenté, perçu et agi à la fois. Cette médiance, à l'intersection du physique et du phénoménal, permet de fonder "la mésologie" ou science des relations du groupe social à son environnement. Elle résulte de la trajection qui est un processus historique et mésologique combinant le subjectif à l'objectif, le physique au social, l'objet à sa représentation, l'écologique au symbolique. C'est un mouvement collectif par lequel " une société pense et intègre dans son quotidien son paysage et aussi se projette sur lui...". Cette médiance se manifeste à travers des "prises" qui sont les ressources, les contraintes, les risques et les agréments qui sont à la fois physiques (elles existent matériellement) et socio-culturelles (elles n'existent pas en dehors de la société)?. Elles sont donc médiales ou "trajectives".
L'étude de ces prises, qui assurent la prise d'une société à l'épiderme de la terre, "ce serait le véritable territoire du géographe, son écoumène en somme"[5] (Berque 1992). Cette nouvelle géographie culturelle émergente ne sépare plus le sujet de l'objet, elle montre que la notion de paysage est un concept historique qui est apparu à un certain moment et elle est liée à l'identité culturelle. Ce nouveau paradigme est de nature à résoudre, selon Racine et Pteroudis, la fameuse contradiction de la discipline entre "science de l'homme" et/ou "science de l'espace" en reformulant les fondements d'une "science de l'homme et de la société" qui intègre l'espace comme médiation et représentation beaucoup plus qu'une donnée naturelle.
Ces deux exemples sont autant différents au départ qu'ils sont proches à l'arrivée dans la mesure où les deux approches, de G Desmarais et A Berque citées plus haut, combinent le structuralisme à la phénomènologie mais la géographie se réduit-elle à cette seule combinaison?. Avec cette reformulation, les frontières inter-disciplinaires sont-elles à refaire?. Autrement, le problème de l'argumentation ne se pose-t-il pas, un peu partout, de la même manière et avec la même acuité, dans toutes les disciplines avec des formes différentes.
Une opposition souvent admise et entretenue est celle qui oppose l'observation directe de terrain d'un côté et la littérature disciplinaire de l'autre est à reconsidérer totalement. En effet, certains soutiennent que la vérité de terrain est la première source du savoir géographique oubliant que le terrain et les observations qui en résultent sont souvent le résultat d'un certain découpage et d'une mise en perspective préalable à tout travail de terrain?. Ces résultats sont, sur un autre plan, livrés par une instrumentation préconçue qui pré-constitue les faits observés et relevés qui vont alimenter l'argumentation. Enfin, ces données observées sont destinées à appuyer une problématique déjà constituée sous forme d'une hypothèse ou d'un postulat dont l'origine est textuelle et théorique.
La production du savoir ne peut se détacher de son contexte social (Knorr-Cetina, 1981), elle s'effectue à travers la mobilisation du savoir existant, des règles pré-établies d'argumentation et de raisonnement et des emprunts extérieurs à la discipline. L'argumentation en géographie ne peut pas être comprise indépendamment de l'évolution générale des sciences et de la société et sans la prise en compte des conditions d'émergence du discours.
Orientations de lectures
Berque A - 1990 : Médiance, de milieux en paysages. Reclus, Montpellier.
Berque A - 1995 : les raisons du paysage. Uzan
Brunet R - 1990 : La carte, mode d'emploi. Fayard-Reclus.
Isnard H, Racine J.B, Reymond H - 1981 : Problématiques de la géographie. Puf.
Knorr-Cetina K.D - 1981 : The manufacturing of Knowledge. An Essay on the construtivist and contextual nature of science. Oxford, Pergamon Press.
Pudup M.B - 1988 : Arguments within regional geography. Progress in Human Geography, 3, 369-390.
Racine J.B, Pteroudis E - 1997 : Argumentation et géographie humaine. Revue Européenne des Sciences Sociales. 107, 87-108.
Ritchot G, Feltz C - 1985 : Forme urbaine et pratique sociale. Louvain-la-Neuve/Montréal, Ciaco/Le préambule.
[1] - Certains réfutant le terme d'idéologie pour sa connotation politique parlent de l'imaginaire social.
[2] - Massey D and Allen J (eds) - 1984 : Geography matters. A reader. London. Cambridge University Press.
[3] - Pile S et Rose G - 1992 : All or nothing ?. Politics and critique in the modernisme-postmodernism debate. Environment and Planning D: Society and space. 10, 123-136.
[4] - Desmarais G - 1995 : La morphogenèse de Paris. Des origines à la révolution, Saint-Foy, Célat, Paris, L'Harmattan.
[5] - L'équipe EMSC est groupée autour de Jean Petitot dont les travaux en théorie des catastrophes intègrent les apports de René Thom et la sémiotique de Julien Greimas (Cf. Mondala et Racine, 1992).
Petitot J - 1989 : Hypothèse localiste, modèles morphodynamiques et théories cognitives: remarques sur une note de 1975. Semiotica, 77, 1/3, 65-119.
Mondala L, Racine J.B - 1996 : Ecritures de la géographie. in Text and images: constructing knowledges. Buttimer A & Brunn S.D eds, London, Blackwell.
[6] - Berque A - 1992 : Espace, milieu, paysage, environnement. in Encyclopédie de la Géographie. Bailly A, Ferras R, Pumain D, Economica. pp: 349-366