Naissance et évolution de la Géographie

                                    La géographie moderne

                                                         XVIII°- Second conflit mondial

 

 

 

            La géographie est une science à la fois ancienne et récente. En effet, elle remonte très loin dans l'histoire à Hérodote et aux géographes arabes mais se trouve depuis quelques décennies l'objet de courants de pensée divers et la coupure a été telle qu'on peut parler de nouvelle géographie. La géographie est passée par plusieurs étapes et a été traversée par plusieurs problématiques et courants de pensée donnant lieu souvent à des tensions épistémologiques. Elle a mis beaucoup de temps pour s'ériger en tant que discipline moderne et est passée par plusieurs étapes.

 

            Autant on peut faire remonter la géographie à l’Antiquité, autant sa mise en place comme discipline moderne telle qu’on la connaît de nos jours remonte au XIX° siècle au plus. Cette mise en place a mis beaucoup de temps et ce sont les trois dernières qui ont connu les plus grands bouleversements dans la discipline en termes de débats souvent passionnés, de diversification et d’approfondissements mais aussi en termes de mise et de remise en cause de ce qu’on a souvent considéré comme acquis.

 

1 - Les étapes d’une science qui se construit

 

            Dans l’évolution générale d’une discipline en général et de la géographie qui nous intéresse ici, on peut distinguer quatre étapes principales qui jalonnent son itinéraire:

            i - Les précurseurs et la naissance de la discipline: la discipline est une curiosité épisodique rattachée à d’autres disciplines qui se cherche encore, les précurseurs tentent de mettre en place les jalons de la nouvelle discipline et ses principes de base. Cette phase peut durer beaucoup de temps allant jusqu’à des  dizaines de siècles. Pour la géographie, cette étape de différenciation et de la naissance a duré de l’Antiquité avec Hérodote jusqu’au XVIII siècle. C’est la période d’autonomisation où la discipline essaie de frayer son chemin et se constituer comme discipline à part entière. C’est ainsi qu’au début la géographie se distinguait difficilement de la cosmographie et la cosmologie, la topographie, la cartographie et même la géométrie.

            Durant plusieurs siècles, l’impératif des découvertes et de la localisation et l’élaboration des cartes a été central et ce n’est qu’une fois que le monde se trouve totalement exploré que la cartographie va devenir  une simple sous-branche de la géographie permettant de montrer et de visualiser les faits spatiaux  jusqu’à s’ériger elle-même comme une véritable discipline à part entière et on parle de cartographe qui n’est pas forcément géographe. Entre temps, topologie, géométrie, topographie, géodésie sont devenues des disciplines  à part tandis que la géographie après avoir mis le lieu et la localisation  comme les paradigmes de base va s’atteler à mettre en place les principes explicatifs.

 

             ii - La mise en place des notions de base et des procédures d'explication : on peut situer cette étape, pour la géographie, au XIX° et le début du XX° siècles avec le développement d’un corpus géographique fondateur qui ne tarde pas d’entrer en conflit avec les autres disciplines en place. C’est l’ébauche de la clarification de l’objet disciplinaire et de la problématique poursuivies tout en commençant à mettre en place les principes disciplinaires de base.

 

iii - La systématisation et la synthèse : c’est la première moitié du XX° siècle, cette étape correspond à l’apogée des écoles géographiques  nationales qui se sont développées au grès des spécificités nationales dans un système presque cloisonné avec l’apparition de travaux fondateurs de la géographie aussi bien française, allemande, anglaise ou américaine. Cette étape ne va pas dépasser le second conflit mondial qui va à la fois révéler les limites d’une géographie qu’on appelle communément de nos jours classique et la présence d’autres géographies aussi intéressantes que différentes ce qui ne va pas sans soulever des problèmes.

 

iv - La diversification, la spécialisation et l’approfondissement et la remise en cause : Cette étape correspond à l’apogée de la discipline qui remise en cause va souvent être amenée  à se remettre en question parallèlement aux progrès du savoir et de la pensée en général, à l’approfondissement de la réflexion, au développement des méthodes et l’apparition de sous-branches de plus en plus spécialisées. Pour la Géographie, c’est la seconde moitié du XX° siècle et la période entre 1945-1975 qui va donner lieu à ce qu’on appelle la nouvelle géographie mais le mouvement est loin d’être achevé et c’est surtout le dernier quart du XX siècle qui va enregistrer le développement de nouveaux courants de pensée laissant voir ainsi une sorte de mise en question continue qui apparaît parfois déroutante.


            Bien qu'elle remonte ainsi très loin dans l'histoire, la géographie moderne ne s'est mise en place que durant la première moitié de ce siècle mais se trouve depuis 1950 l'objet de très importants bouleversements qui ont permis de rénover la discipline tout en la bousculant  un peu ce qui .

 

 

2 - La mise en place de la géographie moderne  

 

            La géographie humaine remonte à l'antiquité, à Hérodote, Strabon, Martin de Tyr au moyen âge, aux géographes arabes et les « Rahalat»,  aux voyageurs occidentaux de Marco Polo à Montesquieu  mais  ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle avec Ratzel et Vidal de la Blache que la géographie moderne comme on le connaît de nos jours s'est développée.

 

- De la curiosité ethnologique à la base naturelle

            La géographie humaine était au début très proche de l'ethnologie, elle ne s'en sépara qu'avec l'analyse du rôle  du milieu. Pour se développer, la géographie humaine nécessite la prise de conscience de la diversité  des civilisations ce qui n'a été possible que tardivement notamment avec les voyages, les grandes découvertes du moyen âge et la colonisation qui s’est étalée du XVII jusqu’au début du XIX° siècle. Elle n'atteint l'âge adulte que lorsqu'elle parvient à distinguer ce qui est spécifique au milieu de ce qui est susceptible d'être commun[1].

            La curiosité ethnologique est très vieille et remonte à Hérodote par son étonnement, les récits de voyage du moyen âge des «Rahalat» des géographes arabes[2] ou des voyageurs occidentaux en font l’écho ; mais c’est vers la fin du XVIIIe siècle que la base naturelle  de la discipline est jetée: "le XVIIIe est celui de l'histoire naturelle", le paysage devient objet de curiosité et exprime la diversité. Cette base naturelle va se développer au XIX° siècle avec le romantisme dans la mesure où la pensée est interdépendante et les différents courants de pensée fécondent et se retrouvent dans la plupart des disciplines qui ne sont que des facettes différentes de la pensée humaine et du savoir.

Volney expliquait la stabilité des paysages par  les genres de vie, il demeure cependant partagé entre le naturaliste et l'ethnographe.

A.           Humbolt, donna à la géographie ses fondements naturalistes, invente même la géo-botanique, féconde la climatologie et développe une philosophie de la terre, il est l'initiateur des études américaines (1799-1804) mais reste entaché d'ethnographie et par l'absence de l’analyse des relations. Avec Humbolt, s'affirme la vision naturaliste du monde.

 

- La dimension statistique se développe au XVIII

La statistique se développe au XVIII°, s'affirme durant le XIX° siècle et s'ajoute aux préoccupations de localisation qui sont très anciennes dans la géographie. L’idée de la mesure et de la quantification, celle de la précision vont se développer avec le mercantilisme et le début du capitalisme

 

a - La première coupure est allemande     

            La première coupure a été en Allemagne à la fin du XVIII° et début XIX° siècles encouragée, beaucoup plus que dans d'autres pays relativement plus avancés, par une prédisposition philosophique considérant la géographie comme une philosophie de la nature mettant en avant l'historicité des sociétés et des cultures et soulignant ce qu'elles doivent au milieu (J.G. Herder 1744 -1803 en particulier et I. Kant 1724 -1804).

            Kant et Hegel se sont intéressés à la géographie, le premier l’a même enseigné à l’université de Königsberg comme une discipline portant sur les rapports entre les conditions naturelles et l’histoire des hommes[3]. La géographie puise ainsi ses ressources dans la nature et l’histoire, d’où la nécessité de la synthèse. La géographie, selon I Kant, est indispensable car elle «devrait créer l"unité du savoir sans laquelle toute étude reste partielle» (Cf Scheibling J, 1994, Qu’est ce que la géographie ?, Hachette). On voit déjà la triologie fondatrice de la géographie et la prétention à la synthèse. L’espace est une forme à priori, de la sensibilité, Kant distingue la réalité empirique ( qui peut être objet de connaissance) et l’idéalité transcendantale (une intuition pure) de l’espace. Cet espace est «la condition de toute expérience des objets » et chacun de ces objets est une forme limitée de l’espace[4].

            Dans sa « Géographie physique, 1757 », Kant écrivait qu’ «on ne peut connaître l’homme si l’on ignore son milieu ». La géographie physique détermine la géographie « spéciale, celle qui s"intéresse au politique, à l"économie ou aux moeurs. L"espace géographique n"est pas de même nature que l"espace mathématique qui est isotrope et isomorphe,. Il se divise en régions qui constituent le substrat de l"histoire des hommes ».

 

            L’idéalisme dialectique de Hegel (1770-1831) fait du temps et de l’espace des catégories philosophiques qui fondent l’unité de la connaissance. L’espace est un continium qui contient des espaces déterminés et la durée est au temps ce que représente l’étendue pour l’espace. Hegel distingue la science de la terre (la géologie) de la géographie qu’il rattache plutôt à l’histoire parce qu’elle en est l’élément de base.

            C’est en tant que philosophes qui prolongent la réflexion des lumières sur la rationalité de la connaissance que Kant et Hegel ont influencé la géographie. Le rapport homme-nature devient à la fois explicite et central avec son corollaire représenté par le déterminisme.

 

C’est Alexander Von Humbolt (1769 -1865) qui est considéré comme le père fondateur de la géographie moderne. Ingénieur des mines, il part à l’exploration de l’Amérique Latine, reconnaît le bassin de l’Amazone et repère le courant froid qui porte son nom au large du Chili-Pérou, un grand voyageur et un esprit encyclopédiste prolongeant le XVIII° siècle, il participe même à la création de la Société de Géographie de Paris en 1821 et son apport se situe au niveau physique[5], dans le sens de l’influence de la nature sur les sociétés humaines donnant ainsi le sens à la géographie naissante.

 

Karl Ritter (1779 – 1859), disciple de Humbolt, il  puise dans les philosophies de Kant et de Herder qui trouve dans le rapport à la nature le sens des inégalités des civilisations, il s’intéresse  au devenir des sociétés, déterminé par les contraintes physiques du milieu dans lequel elles vivent[6]. Il écrivait que la géographie  se doit d’étudier « l"influence fatale de la nature ». La différenciation régionale acquiert alors un sens, celui de l’originalité, un déterminisme naturel qui débouche sur le particularisme ethnique.

 

Friedrich Ratzel (1844–1904) a été l’élève de Ernest Haeckel, le fondateur de l’aecologie, zoologue de formation, darwiniste et aecologiste a fait du milieu , le moteur de l’évolution des espèces. Son anthropo-géographie oppose les peples primitifs ( naturvölker) des peuples évolués (kulturvölker) de l’Europe et du nouveau monde. Si le milieu est déteminant pour le spremiers, c’est l’oragnisation politique qui caractérise les seconds (Nations, Etats,…). Ratzel, considéré comme le père de la géographie environnementaliste, il a fortement marqué la géographie européenne à la fin du XIX° siècle en jetant les bases de la géographie historique et géopolitique (rapports entre Etats en fonction des données de la géographie).

 

Ce sont avant tout des naturalistes où l’homme n’est un être de la nature qui constitue le déterminant majeur et la diversité provient de celle du milieu et où les races expriment ce rapport nature-civilisation et le peuple est la conjonction entre un territoire et une race au moment où la révolution française et américaine vont donner un sens de citoyenneté au peuple. La géographie allemande va toutefois marquer la géographie française et même anglosaxonne.

 

b- La géographie française

Il y a des travaux comme ceux de Malte-Brun qui a publié la première géographie universelle entre 1810 -1820, la Société de Géographie de Paris  créée en 1821 a contribué à diffuser les récits des exlorations et des voyages mais il faut attendre Elisée Reclus (1830 -1905) et Vidal de La Blache (1845 -1918) pour concrétiser cette éclosion[7]. La géographie qui s'est développée entre 1870 et la première guerre devient plus scientifique tout en prenant comme modèle les sciences de la nature. Ce contexte conflictuel franco-allemand n’est pas sans conséquence sur le manière dont s’est développée chaque école géographique de part et d’autre du Rhin.

            Elisée Reclus, anarchiste et communard, exilé en Belgique, est resté en marge du mouvement et ses travaux ont été peu connus jusqu’à ces dernières années avec le mouvement de 1968. Il a une conception assez proche de Ritter où la terre et l’homme se trouvent dans un rapport harmonieux : «la terre constitue le corps de l’humanité et l’homme, à son tour, est l’âme de la terre ». Sa Géographie Universelle en 19 volumes (1875 - 1894) qu’il rédige seul, a été peu diffusée en dépit du fait qu’il initie une géographie littéraire ralliant la description des paysages à l’explication où l’histoire est utilisée au même niveau que les conditions naturelles[8].

            Avec la défaite de 1870, on a pris conscience de l’importance de l’histoire et de la géographie dans l’enseignement : « c’est l’instituteur allemand qui a gagné la guerre ». C’est en 1872 que la géographie fut renforcée à l’école comme discipline à un moment où elle n’est pas encore autonome à l’université. Là aussi, c’est l’historien Emile Levasseur  (1828-1911) qui a été chargée de cette réforme.

            Vidal de La Blache ( 1845-1918) a été le premier géographe universitaire, de formtion historienne, il va fortement marquer la géographie française en empruntant aux géographes allemands et naturalistes (Humbolt, Ritter, Haeckel…), à Lamarck beaucoup plus que Darwin , il se démarque du déterminisme mécaniste tout en innovant en direction de la géographie régionale et le possibilisme (cf. infra). Il opte pour ce que Lucien Febvre va appelé le possibilisme: « tout ce qui touche à l"homme est frappé de contingence », l’homme garde sa liberté et exploite les possibilités du milieu qui reste cependant un concept clef et si la géographie est une science c’est qu’elle «fait partie des sciences de la nature ». Il déclarait que: « la géographie a pour mission de rechercher comment  les lois physiques et biologiques qui régissent le globe se combinent en s"appliquant aux diverse parties de la surface de la terre », la notion de milieu prend alors son sens et « garde le dernier mot ». Puisant dans les travaux de Ratzel, il forge le concept de « genre de vie »[9]. Les disciples de La Blache vont mettre en oeuvre la troisième Géographie Universelle qui sera réalisée après sa mort par ses élèves : Emmanuel De Martonne et Roger Gallois entre 1920 – 1946.

 

            Ces mutations vont donner lieu à ce qu’on considère aujourd’hui comme la géographie classique qui va dominer la scène jusqu'aux années 1950 donnant lieu à des écoles géographiques nationales notamment en France, en Allemagne et aux USA. Certaines dates forment des charnières dans l'évolution de la discipline, on peut retenir en particulier la crise de 1929 ou le second conflit mondial, les années 1950, les années 1975 et les années 1990.

 

 

3 - La naissance et le développement des écoles nationales

 

            La géographie classique correspond à la mise en place des fondements de base de la discipline et la formation des écoles nationales sur une période qui est allée du XIX° jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle vient toute suite après la phase des découvertes où l’impératif de localisation et de cartographie était central, phase qui s’est achevée avec la fin de la conquête deu monde pour laisser la place au développement d’une autre phase, celle de la mise en place des principes de base d’analyse et explication.

 

             La seconde étape est celle qui puise dans le déterminisme où le milieu devient le concept central qui remplace celui du lieu (localisation et représentation cartographique) qui a prévalu durant des siècles. Le darwinisme, à travers sa théorie de l’évolution va marquer fortement la discipline au même titre que le développement de la connaissance de la nature  avec le XVIII° (biologie, zoologie, botanique, chimie, géologie…), mettant ainsi la nature comme le déterminant majeur conditionnant les formes de l’habitat humain de l’oeukomène. C’est la relation verticale qui prévaut où le milieu est déterminant et l’homme, produit et déterminé, ne fait que subir l’effet du milieu, il se trouve largement conditionné. Ce n’est un hasard lorsqu’on parle souvent de conditions physiques jusqu’à nos jours ou quand on commence une étude ou une recherche par les conditions physiques ou naturelles même si le terme conditions se trouve parfois remplacé par celui de données, cela ne change rien à la position du problème.

 

            Devant cette imprécision de l'objet et des méthodes, il est normal que des écoles nationales se développent  durant toute la première moitié de ce siècle en particulier en France, en USA et en Allemagne. L'école allemande a privilégié la différenciation régionale, le paysage (Structure, Gestalt) et l'interprétation historisante et le local.

 

a - L’école française : De la Blache, genre de vie, le possibilisme, la régionale

Levasseur quant à lui, s'appuie sur l'économie et la sociologie, contrairement aux précédents qui s'appuient plutôt sur l'histoire, pour tenter de dégager des lois générales des conditions de répartition (schéma de Weber 1872) et il introduit dans l’analyse géographique le facteur démographique.

 

            Vidal de la Blache, considéré comme le père de la géographie française est plutôt historien de formation et de goût. Il développa la nécessité du concret qui consiste à observer, décrire et expliquer les phénomènes concrets sur la surface de la terre. Il met l'accent sur les genres de vie, s'inspire des travaux de Ratzel tout en mettant en place le possibilisme pour  remplacer l'environnementalisme.

Il met en place l'école de la géographie régionale (Tableau général de la France) que ses disciples et ses élèves vont développer par la suite jusqu’aux années 1960 et donne à la géographie humaine comme objet « l'étude des rapports homme-milieu » d'où va naître la géographie régionale. La question de base pour de la Blache était "comment l'espèce humaine est-elle répartie sur la surface  terrestre". Cette problématique évolutionniste va  être enrichie par les apports de ses disciples au niveau de l'organisation spatiale, l'intérêt porté à l'homme-habitant de M. Le Lannou... Le possibilisme met au centre les adaptations de l'homme à son milieu mais imprime à la discipline une orientation particulière en étudiant le singulier et les particularités qui s’est trouvée critiquée déjà par le père de la sociologie française Durkheim mais aussi par certains historiens comme Lucien Fevre qui voyaient mal cette discipline concurrente. D’ailleurs le terme de possibilisme a été utilisé par Lucien Fevre pour caractériser le courant de pensée de La Blache.

 

            L'école française a, à travers de la Blache et ses élèves, privilégié l'interprétation génétique et la différenciation régionale, le rapport homme-milieu. Vidal de La Blache introduit le concept de genre de vie (fondement écologique et social), synthétise la notion de région naturelle des géologues, celle de région historique des historiens et la centralité des économistes. Peut-on dire avec P. Claval que le métier d'historien a appris au géographe d'être moins dogmatique, plus ouvert...?.

            Les théories implicites de la géographie classique se résument à l'environnementalisme et au possibilisme qui font de la géographie une écologie avant la lettre, une science naturelle de différenciation. C'est une histoire naturelle de l'espace ce qui ne pose pas de problème épistémologique jusqu'au XIX°. Au début du siècle, la géographie devient une discipline intégrale de la terre. La force de l'habitude (Vidal de la Blache), le conservatisme de civilisation (Pierre Gourou) expliquent les entités globales[10]. L'homogénéité provient surtout des facteurs techniques et non sociaux .

            Cette géographie se veut surtout régionale, explique la répartition des hommes par la prise en compte des éléments physiques, détaille les organisations sociales à travers de longues descriptions littéraires. La notion de genre de vie intègre à la fois, l'environnementalisme et le possibilisme est largement présente dans la revue des Annales de Géographie publiée depuis 1892 et dans les thèses  et les travaux publiés à compter le Tableau géographique de a France (1903).

 

            Jean Brunhes développa en 1909, dans sa Géographie humaine, cette vision du rôle des milieux naturels sur les paysages et l'utilisation des sols tandis que la Géographie Universelle lancée par de la Blache et poursuivie par Gallois traite les différents pays selon le même ordre et le même schéma. Face à cette école dominante, Blanchard comme Lavedan ( la première géographie urbaine en 1936) accordent une place plus importante aux phénomènes urbains .

            Cette période a été dominée par la géographie régionale présentée par Cholley en 1942 dans son histoire de la géographie comme "un préservatif contre l'esprit de système de la géographie générale, les généralisations vagues et prétentieuses cessent pour celui qui toujours campe un pied sur terre" (p 95). La plupart des publications sont d'ordre régional .

 

b - L’école allemande : le microspatial, le sociopolitique, la philosophie, la précision

La période de mise en place de la géographie classique succède à celle des fondateurs et des précurseurs notamment allemands comme Carl Ritter ou Von Humbolt, qui en refusant les fondements philosophiques téléologiques qui étaient courants à cette époque,  on réclama une interprétation plus scientifique.

C. Ritter (1779-1858) appartient à l'école de philosophie historique allemande[11], il accède à une vision synthétique à travers l’analyse du rapport des peuples avec la terre.

            Ratzel[12] (1844-1904), influencé par les naturalistes et inspiré du darwinisme, s'interroge sur le poids de l'environnement, introduit le conditionnement du milieu et l'effet de friction de la distance qui gène le mouvement des hommes, des idées et des techniques. Un parti pris pour l'environnementalisme et  le déterminisme.

            La géographie humaine, en tant que discipline, remonte seulement au XIX° siècle surtout à l'ouvrage de Friedrich Ratzel (1844-1904) intitulé Anthropo-géographie (Stuttgart, 1881-1891, 2 vol) ou «géographie de l'homme» dans un soucis de la rattacher la géographie aux  sciences de la nature.  Ratzel est de formation zoologiste et son anthropo-géographie est plutôt une écologie de l'humanité, la géographie est ainsi conçue comme l'étude des répartitions humaines et le rapport entre l’homme et son  milieu. Plus tard, Ratzel écrivit un second livre de géographie politique (Politische Geographie, Munich, 1897). La géographie humaine serait alors une démographie spatiale, une anthropologie spatiale et une écologie humaine. L’idée d’espace vital développée par Ratzel dans le sens d’espace nécessaire à la vie humaine, va être exploitée par le mouvement nazi avec Hitler ce qui va discréditer un peu aux yeux des géographes français évidemment, la géographie allemande pour une longue période.

 

            L'école allemande est considérée comme la rivale de l'école française, a au centre la notion de paysage (landschaft). On parle d'unités culturelles et paysagères et du rôle des traditions rurales tout en poursuivant le même rôle civique. Le géographe doit être un homme de terrain pour comprendre l'enracinement au milieu et les dérives nationalistes n'ont pas été étrangères à cette géographie à travers le lebenschraum. Cette géopolitique culturelle va jouer un rôle jusqu'à la seconde guerre.

 

c - L’école américaine : le souci méthodologie, l’économie, le fonctionnalisme

            L'école américaine a été découverte après le second conflit mondial et on a deux écoles: celle du Middle West  de Hartshorne (1899-1992) qui privilégie la différenciation spatiale avec la rigueur méthodologique (relevés, enquêtes...) et l'explication fonctionnelle l'ouvrant au raisonnement économique.

La seconde école est celle de Carl Sauer (1890-1975) à  Berkeley qui ajoute à la rigueur méthodologique, l'intérêt au paysage (influence allemande), l'interprétation anthropologique et historique: c'est la dimension culturelle (R. Hartshorne, C. Sauer...). Ces géographes, soucieux de la collecte de l'information et des outils d'analyse, s'appuient sur les travaux des naturalistes et sociologues dont ceux de l'école de Chicago qui fonde l'écologie urbaine dans les années 1920. Ils découvrent , au delà de la description des paysages, le rôle de l'anthropologie culturelle, l'essentiel est de saisir comment les groupes utilisent le milieu pour produire, construire et circuler. Aucun déterminisme dans cette analyse proche de Sorre et Gourou mais plus de rigueur dans l'évaluation des rapports homme-milieu. G White, par ses travaux sur les risques naturels liés à la surexploitation humaine traduit l'aboutissement de cette géographie , encore peu lue en Europe.

 

d - La diffusion des écoles nationales : des aires de rayonnement avec interférence

            L'école française se développa dans d'autres pays comme  l'Angleterre qui se rapproche de l'école régionale française (exploration, Mackinder...), les Pays Bas en développent l'aspect social, l'Espagne, le Portugal, l'Amérique Latine, l'Afrique, le monde méditerranéen[13]. En Italie et en Roumanie on a une interférence des écoles allemande et française, avec un souci plus grand pour les voyages et la cartographie, la dimension stratégique en Italie.

L'école allemande est dominante en Europe centrale et orientale, au Moyen Orient (Turquie, Iran...) et au Japon.

L'école américaine se diffuse dans le monde anglo-saxon, l'Europe du Nord et au Brésil. Les pays scandinaves et baltes se trouvent ouverts à toutes les influences ce qui explique la grande fécondité de la géographie par la suite. 

Dans l’ancienne Union Soviétique (URSS) et dans les anciens pays de l'Est vant la chute du mur de Berlin, la vision centralisatrice (où le rôle de l’Etat est central et l’impératif  opérationnel en matière d’aménagement, de développement et de planificationt fortement marqué la géographie de ces pays avec toutefois au niveau technique et  approche des emprunts à la géographie plutôt anglosaxone et surtout américaine... 

 

e- Quelques figures de cette géographie classique

            En France, cette période a été marquée par des géographes comme le fondateur Vidal de La Blache, son gendre De Martonne (1873-1955), Baulig, (1877- 1962), Sorre (1880-1962) et l'historien devenu géographe Fevre (1876-1956), Demangeon, Cholley, Blanchard, Sion, Birot, Brunhes, Allix…. Clozier a écrit un petit livre dans la collection que sais-je ? en 1942 "Histoire de la géographie", re-publié par P Claval en 1995 sous le même titre, P George, Beaujeu-Garnier...

On peut citer en Italie, Almagia (1884-1962), Penk (1858-1945) en Allemagne, Park de l'école de Chicago (1864-1944) et Schaefer qui dénonça l'exceptionnalisme des géographes (1904-1963) en USA, le climatologue Bjernkes (1862-1951) en Norvège et la liste est longue...

 

f- Une géographie utilitaire : la géographie coloniale et nationaliste

            Avec la colonisation et l'impérialisme, se développa une géographie à travers les sociétés de géographes, les officiers coloniaux, les diplomates et les Chambres de Commerce qui financent souvent les missions, les explorations et les voyages notamment dans le monde anglosaxon et plus particulièrement l’Angleterre. La connaissance de la terre est devenue payante et fut marquée par ces préoccupations utilitaires que ce soit économiques ou politiques. C'est l'ère de la géographie économique coloniale avec Dubois, Démangeon....

Sur un autre plan, la géographie a servi aussi le nationalisme, Levasseur a mis en place la carte d'Etat-Major, après 1870, les travaux de la Blache ont donné lieu à la Yougoslavie à la Conférence de Paix de Versailles. Par ailleurs, les travaux de Ratzel sur l’espace vital et l’environnementalisme ont été exploités par le mouvement nazi avec Hitler ce qui porta préjudice à la géographie allemande de l’autre côté du Rhin où d’importants travaux ont été totalement ignorés comme les modèles de localisation spatiale qui ne vont être redécouverts qu’après la seconde guerre mondiale a, une fois revistés  mais cette fois-ci par  et à travers l’école anglosaxonne.

 

g - Les limites des écoles classiques et la coupure des années 1950

 

            La coupure des années 1950 se situe en fait, à quatre niveaux  qu'on peut résumer comme suit :

            1 - Le second conflit mondial a montré l’interdépendance planétaire du conflit et de l'économie ce qui fait qu’on ne peut plus comprendre les faits que mis dans un contexte plus large et plus global d’autant plus qu’on assiste au développement d’ensembles territoriaux.

            2 – Le second conflit mondial correspond aussi à la fin des écoles nationales notamment en France et en Allemagne, la construction européenne aidant, et l'ouverture sur les autres écoles en particulier anglo-saxonne qui vient d’être découverte par les européens.

            3 – Cette coupure a permis aussi la prise de conscience de la course vers la modernité, de la rapidité des rythmes d’évolution que vont exprimer les faits urbains, industriels ou de polarisation….

            4 - Enfin, c'est elle correspond à l'arrivée de nouvelles idées, méthodes d’approche, outils d’analyse et directions de recherche qui vont féconder la discipline, introduire de nouveaux paradigmes et mettre en cause d’autres considérées comme acquises....

 

 

h - Les reproches et les tares

Cette géographie qui s’est développée jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale n'a pas pu répondre aux nouvelles aspirations de ceux qui la pratiquent même qui en veulent faire une discipline plus explicative et plus opérationnelle, et aux nouveaux problèmes que le monde va connaître comme le développement, l’urbanisation ou l’industrialisation ce qui va donner lieu à un mouvement de remise en cause et de développements de nouveaux courants de pensée qui dura près de trois décennies entre 1945-1975 et s’est exprimé par la mise en place de ce qu’on va appeler  par la suite «la nouvelle géographie».         

 

            Etudier le rapport milieu-distribution spatiale n'est pas un objet suffisant au même titre que l'organisation spatiale des collectivités sur la base que l'espace géographique est "le résultat physique anthropomorphique d'une création sociale continue"(Isnard et al 1981) ce qui néglige la dimension psychologique et sociale.. P George écrivait que la géographie " se doit d'analyser en chaque lieu, en chaque moment, le jeu des forces qui oppose l'ordre à la genèse d'autres formes d'ordre, de saisir tous les éléments de révolutions en puissance, non point seulement sur le plan culturel, social et politique..., mais aussi sur le plan technologique avec toutes ses implications."[14].

L’histoire et la reconstitution

            La géographie classique était surtout une histoire naturelle des différenciations régionales, une genèse des espaces, des paysages et des phénomènes, " une géographie des curiosités" disait Le Lannou qui débouchait sur l'inventaire et la classification, qui bien que nécessaires à la connaissance ont constitué parfois un objectif en soi.

 

          L’invisible est à la source : Cette phase, étant donné l'état des techniques, privilégiait la perception, la vision et ce sont les aspects visibles et observables qui ont été privilégiés ignorant que très souvent c'est l'invisible qui génère le visible. C'est ce qui explique la place donnée aux paysages, à la description comme moyen de connaissance. Cette démarche génétique est une rétrospective, elle explique le présent par le passé, où le et le quoi ont primé sur le comment et le pourquoi?.

 

i - De nouvraux rythmes qui posent problème

            La géographie classique permet de décrire et de comprendre le milieu rural, les paysages dont l'évolution est lente, le milieu urbain préindustriel, les  pays et les provinces, le relief et les aménagements millénaires. Les rythmes rapides de la civilisation actuelle sont difficiles à appréhender par une démarche qui se limitait à la description et à la localisation. Les problèmes qui commencent à se poser comme ceux du développement, de l'aménagement, la maîtrise de la croissance comme les rythmes effrénés sont difficiles à résoudre ou à comprendre. Les quelques tentatives faites au début de ce siècle n'ont pas été suffisantes et il faudrait reprendre la démarche.

 

Un rapprochement disciplinaire problématique

            Le rapprochement des sciences naturelles explique le soucis de la morphologie et de la taxinomie: décrire la réalité, reconnaître des formes et les ranger en grands types[15] tandis que l'approche historique laisse la géographie au niveau de la reconstitution. Aussi intéressante qu’elle soit, cette approche, elle est moins adaptée à suivre les rythmes d'après guerre où processus et acteurs deviennent plus importants et la géographie va devenir une science de la société et des hommes.

 

Une carence explicative

            La géographie est-elle "l'étude des interactions des hommes et du milieu" ou celle " de la différenciation régionale" ou enfin "l'analyse du paysage". Tout le monde est d'accord pour étudier les structures et les classer  mais l'explication est laissée en second plan, elle est soit génétique, soit fonctionnaliste[16].

            Descriptive, attachée à l'analyse de l'influence du milieu physique sur l'homme, sa répartition et ses adaptations, la géographie faisait  la part belle aux sociétés traditionnelles jusqu'aux années 1950. Elle s'inscrit dans la démarche trinitaire (S – D - E): Situer, Décrire et Expliquer en l'appliquant au monde émergent de la seconde guerre mondiale.

Dans la tradition du siècle, la discipline apporte des connaissances sur les régions convoitées par les grandes puissances, les firmes ou les chambres de commerce dans les empires coloniaux. Elle valorise les identités nationales et régionales et contribue à former le citoyen à travers la géographie scolaire. La connotation nationale était donc inévitable[17].

 

 

Orientations de lecture

 

Bailly A.S et Ferras - 1997 : Eléments d'épistémologie de la géographie. A Colin, Paris.

Bailly A  & al - 1995: Les concepts de la géographie humaine. Masson

Bailly A, Ferras R , Pumain D (dir) - 1995 : Encyclopédie . Economica.

Beaujeu-Garnier J - 1971 : La géographie, méthodes et perspectives. Masson.

Belhedi A – 1998 : repères pour l’analyse de l’espace. Cahiers du Ceres, Série Geo.

Brunet R et Ferras R et Théry H - 1993 : Les mots de la géographie. Dictionnaire critique. Reclus. Doc Fr.

Buttimer A - 1994 : Geography and the human spirit. John Hopkins University Press. London.

Claval P - 1972 : La pensée géographique. Introduction à son histoire. Sedes.

Douglas J, Huggett R, Robinson M (edit) - 1996 : Companion Encyclopedia of Geography. The environment and Human Land. Routlege. London.

Fujita M - 1989 : Urban economic theory. Land use and city size. Cambridge University Press.

George P - 1989 : Les hommes sur la terre, la géographie en mouvement. Seghers.

Giddens A - 1984 : The constitution of society: outline of the theory of structuration.

Gould P - 1993 : The slow plague, a geography of Aids Pandemic. Oxford, Blackwell.

Haggett P - 1990 : The Geographer's art. Oxford, Blackwell.

Harvey D - 1989 : The condition of post modernity.

Isnard H, racine J.B et Reymond H - 1981 : Problématique de la géographie. Puf.

Johnston P - 1990 : Philosophy and human geography, an introduction to contemporay approches. London, Arnold.

Johnston R, Hauer J et Hoekveld G (edit) - 1990 : Regional geography: current developments and future prospects. London, Routledge.

Krugman P - 1992 : A dynamic spatial model. Cambridge, MIT Press.

Peet R et Thrift N - 1990 : New models in Geography.

Pinchemel Ph , Robic M C et Tissier J.L - 1984 : Deux siècles de géographie française, choix de textes. CTHS. Paris.

Scheibling J - 1994 : Qu'est ce que la géographie ?. Hachette.

Scott A - 1988 : Metropolis: from the division of labor to urban form.

Scott A and Storper M (edit) - 1986 : Production, work and territory.  The geographical anatomy of industrial capitalism. Boston, Allen & Unwin.

Unwin T - 1992 : The place of geography. Harlow, Longman.


 

[1] - P Claval - La naissance de la géographie humaine. in La pensée géographique  française contemporaine, pp: 335-376.

[2] - Il faut noter par exemple que dés le IX et le X° siècle, des géographes arabes ont étudié les processus géographiques généraux comme la précipitation. On trouve dans Maqdissi, et les lettres de Ikhouane Essafa d’importants développement. Cf A Belhedi : La géographie arabe au IX et X siècles. Etudes Orientales, 9/10, pp51 -56.

[3]  Dans « la philosophie de l’histoire » 1775, il s’interroge sur la répartition des races et les conditions climatiques et insiste sur  la nécessité du recours à l’histoire pour comprendre les phénomènes étudiés.

[4]  Cf La critique de la raison pure, 1781.

[5] I l publie un ouvrage en 1845-1858 appelé « Cosmos, Essai d’une description physique du monde ».

[6]  Son travail s’intitule «La géographie dans ses rapports avec la nature et l"histoire de l"humanité ».

[7] - P. Claval - 1991 : Histoire de la géographie. pp: 33-44 in Bailly A.S. et al " Les concepts de la géographie humaine" Masson, 247 p. Cf P. Claval - 1976 : Essai sur l'évolution de la géographie humaine. Les Belles Lettres.

[8] « Tous les effets primitifs de l"histoire s"expliquent par la disposition du théatre géographique sur lequel ils se sont produits : on peut même dire que le développement de l"humanité était inscrit d"avance en caractères grandioses sur les plateaux, les vallées, les rivages de nos continents ».

[9] Cf Tableau de la Géographie de la France 1903, qui n’est qu’une introduction à l’Histoire de France d’Ernest Lavisse, cf. aussi Principes de géographie humaine. 1922.

[10]  - P Démangeon - 1947 : Problèmes de géographie humaines.

[11] - Ritter C. - 1974 : Introduction à la géographie générale. Les Belles Lettres.

[12] - Ratzel F. - 1891 : Anthropogéographie. Engelhorn, Stuttgart. 1988 : Géographie politique. Anthropos, Paris.

[13]- - Cholley - 1957 : Tendances et organisation de la géographie en France. La Géographie française au milieu du XX siècle. Baillière. 1949 : Les tendances nouvelles de la géographie en France. Revue de Géographie de Zagreb.

[14] - In Préface à Problématiques de la géographie. Isnard H, Racine et Reymond H. 1981, PUF, Paris.

[15] - Jean Bruhnes - 1910: La géographie humaine: essai de classification positive. Alcan, Paris. R Hartshorne - 1939 : The nature of geography. Lancaster, AAGG.  Id - 1959 : Perspectives on the nature of geography. Londres, John Murray

[16] - Cf. P. Claval  1991, op cité..

[17] Il faut signaler que la géographie comme discipline comme l’histoire ont été introduites à l’école par Napoléon dans un soucis d’identification à la fois spatiale et culturelle.

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